Christian Julia
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SCENE 83
HALL IMMEUBLE OLIVIER - INT/MATIN

OLIVIER descend les marches quatre à quatre et se précipite vers sa boîte aux lettres. Parmi trois ou quatre enveloppes, il trouve celle qu’il attendait. Il l’ouvre et la lit :
VOIX FÉMININE (Off)
Monsieur, votre manuscrit a retenu toute notre attention et nous vous remercions de nous l’avoir envoyé. Nous avons le regret de vous informer que, malgré ses qualités, il ne correspond pas aux textes que nous recherchons actuellement. Dans l’attente de vous lire de nouveau, nous vous...
Dans un premier temps, OLIVIER ne laisse rien paraître de sa déception. Il replace soigneusement la lettre dans l’enveloppe puis, après un temps, la froisse rageusement.

SCENE 84
GYMNASE - INT/JOUR

OLIVIER pénètre dans le gymnase par une porte dérobée. Il traverse un petit couloir puis monte un escalier étroit qui le conduit en haut des gradins, derrière le public. A mesure qu’il gravit les marches, l’écho du gymnase, avec ses spectateurs, ses applaudissements, les annonces par haut-parleur, s’amplifie.

OLIVIER apparaît derrière le dernier rang de spectateurs. Il jette un coup d’oeil à la salle. De très loin et au très fort grossissement, on voit GILLES assis sur un banc avec d’autres gymnastes, attendant son tour. Il paraît en très petite forme.

Une salve d’applaudissements salue la fin d’une prestation. GILLES se lève et va se placer sous les anneaux. Il exécute deux ou trois figures puis, au moment où il accomplit un mouvement de balancier pour terminer sa démonstration, il lâche prise et s’écrase au sol.

Un cri d’horreur monte de l’assistance. OLIVIER ne laisse pas paraître la moindre émotion. Il quitte la salle calmement.

SCENE 85
BUREAU DE LA LECTRICE - INT/JOUR

OLIVIER entre dans le bureau d’une des lectrices des Editions du Manure. La pièce est petite, encombrée de livres et de manuscrits. Il est reçu par une jeune FEMME sans âge (quarante-cinq, cinquante ans) qui retire une pile de textes posés sur l’unique chaise de la pièce.
LECTRICE
Tenez, asseyez-vous. Je ne suis pas très bien équipée pour recevoir les auteurs.
OLIVIER s’assied. La LECTRICE va prendre place derrière son bureau.
LECTRICE
D’ailleurs, nous n’avons pas l’habitude de les recevoir. Enfin, je veux dire, les auteurs qui n’ont pas eu de manuscrit retenu, vous voyez. En fait, personnellement, je ne reçois pas non plus les auteurs des manuscrits rejetés. C’est dommage, mais on fonctionne comme ça. C’est la règle, hein ? C’est ça qu’on dit... c’est la règle...
OLIVIER
Je vous remercie d’avoir fait une exception pour moi.
La LECTRICE se renverse sur le dossier de sa chaise, croise ses jambes et prend une feuille de papier sur laquelle se trouve le compte rendu de lecture du manuscrit d’OLIVIER.
LECTRICE
C’est parce que j’ai bien aimé votre roman...
OLIVIER
Je voudrais savoir pourquoi...
LECTRICE
... Pourquoi il a été refusé ? Je peux vous dire une chose. Je ne suis pas seule à l’avoir lu. Je ne devrais pas vous dire ça. On ne le dit jamais... Il y a eu un doute... Ça peut se produire, n’est-ce pas ? Une autre lectrice l’a lu. Et... Comment dire ?... nous sommes tombées d’accord. Il y a beaucoup de qualités dans votre texte. Si. si, je vous le dis. Je peux bien vous le dire... Vous avez... Il y a des passages très...
Elle comble les blancs de ses phrases par des gestes qui montrent l’imbrication parfaite de tous les éléments du récit.
LECTRICE
Les dialogues sont bons. J’ai bien aimé votre style. Mais, vous savez, mon avis vaut ce qu’il vaut. En fait, votre manuscrit a un gros défaut. Vous allez sans doute trouver ça stupide, et vous aurez raison... Comment dire ?... Vous savez, au fond, il n’y a pas de critères pour juger. On peut tout écrire, hein ?... Mais enfin, vous comprenez, il faut bien se cadrer par rapport à quelque chose. En fait, votre roman a un défaut... Je reconnais que c’est complètement stupide... enfin, ce n’est peut-être pas si stupide que ça, d’ailleurs. Vous voyez, en fait... prenez ce que je vous dis comme je vous le dit... il lui faudrait un héros.
OLIVIER
Ah ?
LECTRICE
Il y a des moments forts dans votre roman enfin, des moments que je trouve forts. Pour tout vous dire l’occupation, la Guerre, tout ça, ça m’ennuie un peu. Mais là, bon, c’est autre chose, à cause du traitement... brut, comme ça. A vif. Mais les lecteurs... Quand je dis les lecteurs, c’est aussi vous et moi, hein ? C’est vous, c’est moi, c’est tout le monde... Les lecteurs ont besoin de s’attacher à quelqu’un, à un personnage, vous voyez ? Le suivre du début jusqu’à la fin, longtemps.
OLIVIER
Un personnage principal ?
LECTRICE
Oui... Un héros, si vous voulez - je déteste le mot mais il n’y en a pas d’autre. Vous voyez ce que je veux dire.
OLIVIER opine de la tête.
LECTRICE
Quelqu’un qu’on retrouverait avec plaisir d’un chapitre à l’autre. Bien sûr, il y a ces deux jeunes gens... Comment les appelez-vous déjà ?
OLIVIER
Pierre et Michel...
LECTRICE
C’est ça... Pierre et Michel. Ils apparaissent souvent mais on ne peut pas vraiment s’attacher à eux. On sent qu’ils vous sont un peu étrangers, que vous êtes resté en retrait par rapport à eux... Vous voyez ce que je veux dire. Sinon, votre roman... c’est bien... Il y a une trame... Il faut le retravailler, c’est évident. Il suffit d’inventer un personnage sympathique... Bien sûr, « sympathique », ça ne veut rien dire, je le reconnais. Mais vous comprenez...
OLIVIER
Tout à fait, oui. Tout à fait.

SCENE 86
CHAMBRE OLIVIER - INT/JOUR

OLIVIER et ISABELLE sont assis côte à côte par terre et écoutent de la musique sans rien se dire. Ils regardent les pochettes de disque. Le visage d’OLIVIER n’exprime rien de particulier. Tout en continuant à examiner la pochette d’un disque, ISABELLE s’allonge et pose sa tête sur les genoux d’OLIVIER. Celui-ci ne réagit pas.

SCENE 87
RÊVE
L’USINE DE BRIQUES - EXT/JOUR

C’est une immense usine de briques rouges, construite au siècle dernier. Vue de l’extérieur, elle paraît abandonnée. L’herbe a envahi la cour déserte. Et pourtant, des hautes cheminées s’élève une épaisse fumée noire qui obscurcit le ciel.

OLIVIER apparaît dans la cour, très excité, vêtu comme la fin du siècle dernier. Il se précipite l’intérieur de l’usine.

SCENE 88
RÊVE
L’USINE DE BRIQUES - INT /JOUR

L’intérieur de l’usine est une succession de petites salles qu’OLIVIER traverse en courant. Dans chacune de ces salles des OUVRIERS, le torse nu, sale et luisant, prennent à pleines pelles des livres et les manuscrits entassés sur le sol et les jettent dans d’immenses fours. Ils sont abrutis par leur travail. Leurs gestes sont mécaniques, irréversibles, inconscients.

OLIVIER, horrifié, tente, chaque fois qu’il passe dans une des salles d’empêcher les OUVRIERS d’accomplir leur besogne. Mais aucun d’eux ne veut l’entendre. Ils continuent à jeter les livres dans les fours...

Passant toujours d’une salle à l’autre, OLIVIER se met à fouiller les tas où s’amoncellent les livres voués aux flammes. Il finit par trouver ce qu’il cherchait : le manuscrit de son roman. Il s’en empare. Mais au moment où il va quitter une des salles, un CONTREMAITRE l’arrête, lui arrache le manuscrit des mains et le jette au feu. OLIVIER hurle d’effroi.

SCENE 89
CHAMBRE ISABELLE - INT/NUIT

Le cri d’OLIVIER traverse la cloison et réveille ISABELLE qui dort dans sa chambre.

Elle devine tout de suite qui a crié et saute du lit. Elle enfile un peignoir et quitte sa chambre.

SCENE 90
PALIER OLIVIER - INT/NUIT

Sur le palier, ISABELLE va frapper à la porte d’OLIVIER.

OLIVIER lui ouvre.

ISABELLE
Qu’est-ce qui t’arrive ?
OLIVIER
Rien, ne t’inquiète pas. J’ai juste fait un cauchemar.
ISABELLE
Tu es tout tremblant...
OLIVIER
C’est rien.
ISABELLE pose ses mains sur les épaules d’OLIVIER pour le calmer. Lentement, elle le pousse à reculons dans la chambre.

SCENE 91
CHAMBRE OLIVIER - INT/NUIT

ISABELLE continue de pousser OLIVIER vers le lit. Elle referme la porte derrière elle. OLIVIER ne dit rien. Il se laisse faire, impassible.

ISABELLE le fait asseoir sur le lit puis recule un peu et retire lentement son peignoir. Le regard d’OLIVIER parcourt le corps d’ISABELLE.

SCENE 92
BUVETTE DU STADE - INT/JOUR

NICOLAS s’approche du comptoir de la buvette du stade et s’adresse à la serveuse qui lui tourne le dos.
NICOLAS
Salut !
La serveuse se retourne : c’est ISABELLE. Elle vient d’être engagée.
ISABELLE
Ah, salut !
Leur salut n’est pas de pure convention. Les sentiments naissants qu’ils éprouvent l’un pour l’autre se marquent déjà.
ISABELLE
Un Vittel-Menthe ?
NICOLAS ne répond pas. ISABELLE lui prépare un Vittel-Menthe.
NICOLAS
J’ai perdu trois dixièmes de seconde.
ISABELLE
Passe une annonce.
NICOLAS préfère ne pas répondre. ISABELLE lui sert son Vittel-Menthe.
ISABELLE
Olivier m’avait prévenu que tu n’avais aucun sens de l’humour, mais ce point-là...
NICOLAS
Ça me panique vraiment.
Un silence.

NICOLAS tente de prendre la main d’ISABELLE mais elle se dérobe.

NICOLAS
C’est marrant, j’arrive pas à imaginer Olivier avec une jolie fille comme toi...
ISABELLE
On se voit ce soir ?
NICOLAS
Pas de problème. J’passe te prendre à 8 heures.
NICOLAS s’éloigne. ISABELLE verse lentement, et de haut, le reste de Vittel-Menthe dans l’évier. Elle regarde fixement le liquide disparaître dans le trou d’évacuation puis redresse la tête au moment où NICOLAS quitte la buvette.

SCENE 93
CHAMBRE OLIVIER - INT/SOIR

Muni d’un chiffon, OLIVIER nettoie lentement les étagères de sa bibliothèque et les tranches de ses livres. Il le fait machinalement, comme dans un rituel très ancien.

Par la fenêtre ouverte, le bruit d’une moto attire son attention. Il va se pencher au dehors. Il aperçoit NICOLAS qui dépose ISABELLE devant l’immeuble. Ils restent un instant face à face. Puis NICOLAS approche ses lèvres de celles d’ISABELLE. Dans un premier mouvement, elle recule légèrement puis se laisse embrasser.

OLIVIER se redresse brusquement. Il est de dos, on ne voit pas l’expression de son visage.

SCENE 94
CHAMBRE ISABELLE - INT/NUIT

OLIVIER et ISABELLE dînent face à face sur une petite table. Sans doute viennent-ils de se disputer. Ils ne disent rien. Leurs assiettes sont pleines mais ils ne mangent pas. Ils jouent avec leurs couverts et la nourriture. Leurs regards, parfois, se croisent, rapides et embarrassés.

SCENE 95
CHAMBRE OLIVIER - INT/JOUR

OLIVIER s’assied à sa table et sort de son tiroir un cahier neuf. Il se lance avec frénésie dans l’écriture du premier chapitre de la nouvelle version de son roman.

Bientôt, il est interrompu par des coups frappés sa porte. Il ne répond pas. On frappe de nouveau. Il continue d’écrire. On frappe encore. Il se lève et va la porte. Il entend les bruits de pas d’une personne qui s’éloigne et descend l’escalier. Il attend un moment puis ouvre la porte, sort sur le palier.

SCENE 96
PALIER ESCALIER OLIVIER INT/JOUR

OLIVIER se penche dans la cage d’escalier. Il aperçoit un TELEGRAPHISTE.

Il se précipite dans l’escalier.

OLIVIER
Attendez !
Le TELEGRAPHISTE, un peu surpris, s’arrête. OLIVIER arrive sa hauteur.
OLIVIER
C’est pour moi ?
TELEGRAPHISTE
Vous êtes Olivier Alphandéry ?
OLIVIER
Oui. Je m’étais endormi.
Le TELEGRAPHISTE lui tend le télégramme. Il reste planté devant OLIVIER en attendant le pourboire.

OLIVIER lit le télégramme. On le lit avec lui :

PERE AU PLUS MAL. VENEZ.

MADELEINE.

Puis il le replie.

OLIVIER
C’est mon père. Il va mourir.
TELEGRAPHISTE
Je sais ce que c’est. C’est une preuve terrible. La plus terrible de la vie. Moi, c’est déjà fait. Je me sens mieux maintenant. Courage, mon vieux.
Et il descend l’escalier sans prendre le pourboire qu’OLIVIER allait lui tendre.
OLIVIER
... Merci.

SCENE 97
HALL AEROGARE - INT/JOUR

OLIVIER et NATHALIE traversent d’un pas rapide le hall d’un aérogare.
NATHALIE
Tu reviens quand ?
OLIVIER
Je n’en sais rien. Ça dépendra...
NATHALIE
Tu veux que je t’envoie les cours ?
OLIVIER
Non. Je les verrai en rentrant. Ne marche pas si vite !
NATHALIE
Mais c’est toi qui marches vite !
OLIVIER
Pas du tout. On a tout le temps. L’avion est dans une heure et demi.
NATHALIE
Bon, alors, on ralentit.
Ils ralentissent leur allure.
OLIVIER
Est-ce que je peux te demander un service ?
NATHALIE
Bien sûr.
OLIVIER
Tu pourrais arroser mes plantes ?
NATHALIE
Pas de problème.
OLIVIER cherche sa clef dans ses poches.
NATHALIE
Tu veux autre chose ?
OLIVIER trouve sa clef et la donne NATHALIE.
OLIVIER
Non. Juste les plantes.
NATHALIE
Tu vas écrire un peu, là-bas
OLIVIER
Je vais essayer.
NATHALIE
Et c’est toujours Nicolas ton personnage principal ?
OLIVIER
Toujours, oui.
NATHALIE
T’as pas encore la nausée ?
Ils arrivent à l’enregistrement.
OLIVIER
Bon. Je te tiendrai au courant.
Ils s’embrassent.
NATHALIE
Allez, bon voyage !
OLIVIER passe l’enregistrement. Avant d’entrer dans la salle d’attente, il adresse un dernier salut à NATHALIE.

SCENE 98
SALLE D’ATTENTE AEROGARE - INT/JOUR

OLIVIER est assis dans la salle d’attente, avec d’autres PASSAGERS. Il les observe un moment. Par haut-parleur, une voix annonce :
HOTESSE (Off)
Votre attention, s’il vous plaît. Les passagers du vol numéro ## à destination de Montevideo sont informés que le départ est retardé de trente minutes.
Rumeur parmi les passagers. OLIVIER prend sa sacoche et en sort un vieux cahier qu’il commence lire.

SCENE 99
ROMAN
CHAMBRE DU PERE DE PIERRE - INT/NUIT

[Cette scène est la réplique exacte de la scène où PIERRE annonce à son PERE son intention d’entrer dans la Résistance (Scène 11). Seule différence : le PERE n’a pas les traits de Monsieur Picard mais ceux du propre PERE d’Olivier]

SCENE 100
SALLE D’ATTENTE AEROGARE - INT/JOUR

La lecture d’OLIVIER est interrompue par l’annonce de l’embarquement.
HOTESSE (Off)
Les passagers destination de.....
OLIVIER referme son vieux cahier, le range et se lève. Avec les autres passagers, il se dirige vers le couloir d’embarquement.

SCENE 101
HALL MAISON MONTEVIDEO - INT/JOUR

OLIVIER entre dans la maison de son père, à Montevideo. Il est suivi par le chauffeur qui porte ses bagages. La GOUVERNANTE, Madeleine, apparaît en haut de l’escalier. Elle descend à sa rencontre. Elle le prend dans ses bras et le serre longuement contre elle. Puis elle relâche son étreinte.
GOUVERNANTE
Venez, il vous attend.
OLIVIER et la GOUVERNANTE montent l’escalier.

SCENE 102
PALIER MAISON MONTEVIDEO - INT/JOUR

OLIVIER et la GOUVERNANTE arrivent devant la porte de la chambre du père d’Olivier. La GOUVERNANTE frappe un petit coup puis, sans attendre de réponse, ouvre la porte.
GOUVERNANTE
(À Olivier) Ne lui parlez pas trop. Il est très fatigué.

SCENE 103
CHAMBRE DU PERE D’OLIVIER, MONTEVIDEO - INT/JOUR

OLIVIER et la GOUVERNANTE entrent dans la chambre. Au fond de la pièce, dans un grand lit à baldaquin, son PERE dort. Il s’approche de lui. On reconnaît l’homme qui a pris la place du violoniste dans la scène de la dispute. La GOUVERNANTE reste sur le seuil.

OLIVIER, très ému, l’observe un long moment. Puis, soudain, il entend une voix derrière lui.

GOUVERNANTE
Monsieur Alphandéry ! Monsieur Alphandéry 1 Regardez qui est là... Monsieur Alphandéry... C’est votre fils, Olivier. Il vient d’arriver. Il a fait un long voyage pour vous voir. Monsieur Alphandéry...
Le PERE ouvre enfin les yeux. Son regard fouille la pièce et découvre le visage d’OLIVIER.
LE PERE
Olivier...
GOUVERNANTE
Je vous laisse...
Elle sort.

OLIVIER approche une chaise du lit et s’assied. Il ne dit rien. Le PERE non plus. Ils se regardent. Dans leurs yeux se lit moins l’émotion que le désespoir. Ils restent ainsi un long moment, un très long moment, sans rien se dire, sans tenter le moindre geste. Parfois, on pense qu’OLIVIER va parler ou prendre la main de son PERE. Mais il semble paralysé. En fait, il attend un geste, une parole de son PERE. Mais la même impuissance bloque celui-ci.

Bientôt, on frappe la porte.

OLIVIER
Oui ?
La GOUVERNANTE reparaît sur le seuil. Elle fait signe à OLIVIER qu’il lui faut partir.

OLIVIER se lève, jette un dernier coup d’œil à son PERE et sort. La GOUVERNANTE referme la porte.

GOUVERNANTE
Vous avez beaucoup de choses à vous dire, mais il ne faut pas trop le faire parler.

SCENE 104
CHAMBRE OLIVIER - INT/JOUR

Après avoir consciencieusement arrosé les plantes d’Olivier, NATHALIE laisse son regard vagabonder dans la chambre. Elle s’intéresse d’abord aux livres de la bibliothèque puis s’approche de sa table de travail. Elle s’y assied et se met à feuilleter machinalement les livres qui l’encombrent.

Machinalement aussi, elle ouvre un dossier. Il contient un certain nombre de photos qui attirent son attention.

C’est d’abord la photographie montrant HENRI, le chauffeur, et OLIVIER devant la voiture de l’ambassade.

C’est ensuite la lettre où la gouvernante annonçait à OLIVIER la mort d’HENRI. NATHALIE la parcourt. On entend quelques extraits :

GOUVERNANTE (Off)
(Reprendre le texte à partir de la scène 47).
NATHALIE range la lettre dans l’enveloppe. Puis elle voit une photographie ancienne montrant un quatuor. Parmi les musiciens, on reconnaît Monsieur PICARD, le violoniste.

Très intriguée, elle referme ce dossier. Elle semble décidée à aller plus loin dans ses recherches. Après un instant d’hésitation, elle ouvre le tiroir et jette un coup d’oeil distrait à son contenu. Elle sort ensuite le cahier sur lequel OLIVIER écrivait son roman. Elle l’ouvre et en lit quelques pages...

On revoit alors un court extrait de la scène où Pierre et Michel descendent la rue déserte (Scène 36).

NATHALIE interrompt sa lecture et reprend la photographie du chauffeur. Puis elle relit un passage du chapitre.

Insert - On revoit un flash de la scène de la rue déserte isolant le personnage de Pierre.

NATHALIE continue à fouiller dans le tiroir. Elle trouve une coupure de journal. Un titre :

LA MORT DE GILLES DARNAUD

LE SURENTRAINEMENT DES SPORTIFS EN CAUSE

accompagne une photographie de GILLES, le gymnaste, le jour où il a trouvé la mort.

Elle replie la coupure, ouvre le cahier et relit un passage du roman. Elle replace tous les objets dans le tiroir et reste pensive un instant.

SCENE 105
CHAMBRE DU PERE D’OLIVIER, MONTEVIDEO - INT/JOUR

OLIVIER s’est installé dans la chambre de son PERE. Il est assis à un bureau et écrit dans son cahier. A l’autre bout de la pièce, son PERE dort. Son souffle difficile se mêle au crissement de la plume sur le papier.

SCENE 106
STADE - EXT/JOUR

NICOLAS participe à une course. Dans les gradins, parmi les spectateurs, ISABELLE a remplacé Nathalie.

NICOLAS s’échauffe sur le bord de la piste puis va prendre sa place dans les blocs de départ. Au coup de feu, les concurrents s’élancent. Très tôt, NICOLAS est distancé. Malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à rattraper son retard.

Peu avant la ligne d’arrivée, à bout de force, il s’effondre sur la piste. Un cri d’effroi monte des gradins. ISABELLE se lève et quitte la tribune tandis qu’on emporte NICOLAS sur une civière.

On découvre alors que NATHALIE est également présente dans le public.

SCENE 107
CHAMBRE D’HOPITAL - INT/JOUR

NICOLAS est allongé sur un lit d’hôpital. Il paraît très abattu, comme vidé de sa substance. ISABELLE se tient au pied du lit, à côté d’un MEDECIN. Elle s’apprête à partir.
ISABELLE
(À Nicolas) Je reviendrai ce soir.
Elle lance un baiser à NICOLAS, qui lui répond par un autre baiser.

ISABELLE et le MEDECIN sortent.

SCENE 108
COULOIR D’HOPITAL - INT/JOUR

ISABELLE et le MEDECIN marchent dans le couloir.
ISABELLE
Est-ce que c’est grave ?
MEDECIN
Non. La chute n’a pas été brutale. Quelques égratignures. C’est tout.
ISABELLE
Pourquoi s’est-il effondré comme ça ?
MEDECIN
Voyez-vous, Mademoiselle, le sport est une excellente chose. Mais jusqu’à un certain point seulement... C’est comme le tabac, l’alcool, les femmes... dans toute chose, il y a une limite à ne pas dépasser.
Dans le couloir passe une INFIRMIERE, jeune et jolie, qui porte une blouse très courte. Le MEDECIN la voit et s’interrompt.
MEDECIN
Mademoiselle ?
L’INFIRMIERE se retourne.
INFIRMIERE
Professeur ?
MEDECIN
Je vous ai déjà dit de porter des blouses plus décentes. Où vous croyez-vous ?
INFIRMIERE
Excusez-moi, Professeur.
L’INFIRMIERE s’éloigne, le MEDECIN reprend sa marche et sa conversation.
MEDECIN
Au-delà de cette limite, le sport devient dangereux. Il crée plus de ravages que de bienfaits pour l’organisme. Malheureusement, personne de connaît parfaitement cette limite. Votre ami l’a dépassée. Mais, rassurez-vous, après un peu de repos, il sera sur pied.
Un INFIRMIER croise le MEDECIN. Il est torse nu sous sa blouse. Le MEDECIN l’interpelle.
MEDECIN
Monsieur !... Quand on est aussi poilu, on a la correction de porter une chemise.
MEDECIN
(À Isabelle) Vous êtes libre à déjeuner ?
Mine stupéfaite de NATHALIE.

SCENE 109
CHAMBRE DU PERE D’OLIVIER, MONTEVIDEO - INT/NUIT

OLIVIER est assis au bureau et écrit. On ne le voit pas. On ne voit que la plume de son stylo qui court sur le papier et, en fond, la figure affligée de son PERE qui émerge des draps. Le crissement de la plume se confond avec le souffle de sa respiration.

Cette respiration, soudain, s’interrompt, puis reprend. Elle se fait de plus en plus difficile. Parallèlement, la plume d’OLIVIER se met à hésiter. Elle s’arrête, puis repart, s’arrête de nouveau, et repart encore.

Enfin, le PERE cesse de respirer. Silence effroyable. OLIVIER pose son stylo et se précipite vers le lit.

SCENE 110
AMPHITHEATRE DE LA FACULTE - INT/JOUR

NICOLAS et NATHALIE assistent à un cours en faculté. NICOLAS est assis derrière NATHALIE, à quelques rangs de distance.

Le PROFESSEUR achève son cours.

PROFESSEUR
La semaine prochaine, nous poursuivrons notre panorama du théâtre anglais contemporain avec l’étude de l’œuvre d’Harold Pinter. Mesdames, Messieurs, je vous remercie.
Les étudiants rangent leurs affaires et se lèvent. En remontant vers la sortie, NATHALIE croise NICOLAS.
NATHALIE
Tiens ! Tu t’es remis aux études ?
NICOLAS
T’es au courant de ce qui m’est arrivé ?
NATHALIE
T’as perdu une course...
NICOLAS
Je crois que j’en ai trop fait.
NATHALIE ne répond pas.
NICOLAS
Et toi, ça va ?
NATHALIE
Ça va.
NICOLAS
Et Olivier ?
NATHALIE
Il est parti à Montevideo. Son père est très malade.
NICOLAS
Merde ! (Un temps) Tu lui prends ses cours, alors ?
NATHALIE sourit. NICOLAS aussi. Il passe son bras autour des épaules de la jeune femme.
NATHALIE
Compris.

SCENE 111
CHAMBRE NICOLAS - INT/NUIT

NICOLAS et NATHALIE sont allongés dans le lit.
NICOLAS
Ils ne comprennent rien. Ils disent que j’ai trop tiré sur la corde. Apparemment, j’ai rien. Mais ça fait quinze jours que j’ai arrêté de courir, quinze jours que je me repose, que je me bourre de médicaments, et ça va pas mieux, comme tu vois...
NATHALIE
Isabelle n’a pas supporté ta « baisse de forme », c’est ça ?
NICOLAS
Ne dis pas ça.
Un long silence.
NATHALIE
Avant-hier, je suis allé chez Olivier, pour arroser ses plantes.
Un autre long silence.
NATHALIE
J’ai fouillé dans ses affaires.
NICOLAS
C’est pas joli, ça ! Et alors ?
NATHALIE
J’ai découvert des trucs bizarres.
NICOLAS
Des revues pornos ?
NATHALIE
T’es bête !
NICOLAS
Quoi, alors ?
NATHALIE
Des photos, des coupures de journaux, et puis son roman.
NICOLAS
Qu’est-ce que ça a de bizarre ?
NATHALIE
Rien... Mais j’ai peur.
NICOLAS
De quoi ?
NATHALIE
Tu sais qu’il t’a pris comme modèle pour le héros de son nouveau roman.
NICOLAS
(Flatté) Oh ?
NATHALIE se serre tout contre NICOLAS.
NATHALIE
J’ai peur.

SCENE 112
RÊVE
UN CHAMP, L’ETE - EXT/JOUR

Le rêve d’Olivier se déroule en plein été, sous un soleil de plomb qui inonde toute la campagne. Un ENFANT court sur un chemin. Il se précipite dans les bras d’un HOMME (non déjà vu) qui le soulève et le fait tournoyer dans l’air. L’ENFANT crie un peu (frayeur ou jeu ?). L’HOMME le rassure en caressant ses cheveux blonds. Puis il l’embrasse et le repose terre.

Ils continuent ensuite leur promenade. L’HOMME tient par la main l’ENFANT, qui paraît heureux.

SCENE 113
CHAMBRE DU PERE D’OLIVIER, MONTEVIDEO - INT/JOUR

OLIVIER, endormi sur le bureau, est tiré de son rêve par l’entrée de la GOUVERNANTE. Il se redresse et referme son cahier.

La GOUVERNANTE lui fait un signe de la tête qui veut dire : c’est le moment. OLIVIER range le cahier, se lève et sort avec la GOUVERNANTE. Il est tout vêtu de noir.

SCENE 114
RUE MAISON DU PERE D’OLIVIER MONTEVIDEO - EXT/JOUR

OLIVIER et la GOUVERNANTE sortent de la maison, traversent le parc et vont rejoindre dans la rue d’autres personnes, nombreuses, qui attendent derrière un corbillard.

OLIVIER et la GOUVERNANTE montent dans la voiture. Il y a beaucoup de soleil et de fleurs. Le cortège s’ébranle.

SCENE 115
CHAMBRE NICOLAS - INT/JOUR

NICOLAS est assis en tailleur sur son lit. La fatigue le rend méconnaissable. Il est vieilli, affaibli, éteint. Ses yeux sont rouges, ses joues creuses ; son visage est mal rasé. Il ne bouge pas, sinon, de temps en temps, un mouvement mécanique du bras, comme s’il se grattait l’épaule. Mais chaque mouvement lui demande un effort considérable. Son regard est perdu dans le vide.

Il se laisse tomber en arrière.

SCENE 116
RUE BORDANT UNE PISCINE - EXT/JOUR

OLIVIER et NATHALIE marchent le long d’un parapet qui surplombe une piscine ciel ouvert.
NATHALIE
Tu as pu écrire ?
OLIVIER
J’ai presque terminé mon roman. (Un silence) Tu as des nouvelles de Nicolas ?
NATHALIE
Il n’est pas très en forme.
NATHALIE cherche en vain une réaction sur le visage d’OLIVIER. La nouvelle le laisse apparemment froid.
OLIVIER
Ah ?
NATHALIE
Les médecins ne savent pas ce qu’il a. Ils le bourrent de remontants mais rien n’y fait.
OLIVIER
Tu le revois ?
NATHALIE
Comme ça.
OLIVIER
Il fait trop de sport.
NATHALIE comprend qu’elle ne pourra rien tirer de lui.

SCENE 117
ROMAN
PIECE D’INTERROGATOIRE - INT/NUIT

(On voit un chapitre du roman d’Olivier)

Une pièce sombre aux murs nus et sales. Mobilier sommaire une table, deux chaises de part et d’autre. La lumière tombe d’un plafonnier.

DEUX HOMMES introduisent brutalement le COLONEL BRECHET qui a les traits de NICOLAS. Il est au bord de l’épuisement : ses cheveux sont longs et désordonnés, sa barbe est déjà abondante, ses yeux sont hagards... Sa chemise est déchirée et tachée de sang et de sueur.

Un troisième homme, l’INTERR0GATEUR, est assis derrière la table. Les DEUX HOMMES font asseoir BRECHET.

INTERROGATEUR
Colonel Bréchet, vous nous donnez beaucoup de mal. Mais je suis persuadé que la raison vous fera adopter une attitude plus conciliante... C’est dans votre intérêt même...
L’INTERROGATEUR se lève et commence à tourner autour de la table et de BRECHET.
BRECHET
Votre courage est admirable mais il n’y a ici personne pour l’admirer. Personne ne saura jamais avec quel héroïsme vous avez résisté. Votre courage est inutile.
L’INTERROGATEUR revient s’asseoir à la table. BRECHET l’écoute parler sans réagir. Mais on sent qu’il n’a pas renoncé à se battre.
BRECHET
Au fond, nous vous demandons peu de chose... Juste deux noms... Les noms des deux parachutistes qui ont atterri dans votre jardin l’autre nuit. C’est tout. Deux petits noms.
BRECHET
Je ne vous dirai rien.
INTERROGATEUR
Allons, ne me dites pas que vous avez oublié... Votre femme, elle, se souvient parfaitement...
BRECHET
Ma femme ?
INTERROGATEUR
Oui. Votre femme. Nous l’avons arrêtée hier. Malheureusement pour elle, nous n’avons pas compris tout de suite qu’elle était muette.
BRECHET
Salauds !

SCENE 118
CHAMBRE OLIVIER - INT/JOUR

NATHALIE est assise à la table de travail d’Olivier. Elle referme le cahier où elle a lu le chapitre que l’on vient de voir. Elle se lève et va s’accroupir devant la cheminée. Elle commence à arracher une par une les feuilles du cahier et les jette dans le feu.

Elle contemple un instant le manuscrit qui brûle. Puis elle quitte précipitamment la chambre. Elle dévale des escaliers et s’enfuit dans la rue.

Pendant ce temps, le manuscrit continue de se consumer dans la cheminée. Quelques feuilles glissent du foyer et enflamment le tapis étalé au pied du lit. Très vite, la couverture du lit prend feu à son tour. En quelques secondes, le lit se met lui-même à brûler. Le feu gagne bientôt les étagères. Les livres s’embrasent.

SCENE 119
IMMEUBLE OLIVIER - EXT/JOUR

Dans la rue, les PASSANTS et les LOCATAIRES de l’immeuble regardent la fumée qui s’échappe de la fenêtre de la chambre d’Olivier.

OLIVIER apparaît au bout de la rue. Il s’avance en courant puis s’arrête net lorsqu’il comprend que c’est sa chambre qui est en feu. Il s’élance vers l’immeuble.

À l’entrée, on tente de le retenir mais il franchit le barrage et entre dans le hall.

SCENE 120
ESCALIER PALIER IMMEUBLE OLIVIER - INT/JOUR

Dans l’escalier, LA CONCIERGE, avec ISABELLE et d’autres LOCATAIRES, essaient d’accéder à la chambre. OLIVIER arrive leur hauteur.
LA CONCIERGE
Monsieur Alphandéry !...
ISABELLE
Olivier !
Elle n’a pas le temps de parler, OLIVIER leur passe devant et tente d’entrer dans sa chambre.
ISABELLE
Olivier, n’y va pas !
Elle tente de le ceinturer.
OLIVIER
Laisse-moi !
Il se dégage d’ISABELLE.
LA CONCIERGE
Monsieur Alphandéry ! Vous êtes fou !

SCENE 121
CHAMBRE OLIVIER - INT/JOUR

Sans hésiter, OLIVIER se précipite vers son bureau pour tenter de sauver son roman. Mais le tiroir est vide. Il voit quelques feuillets de son cahier jonchant le sol, à demi calcinés.

Il entend alors un craquement sinistre dans son dos. Il se retourne : un des pans de sa bibliothèque en feu se détache du mur et bascule sur lui. Il est écrasé.

SCENE 122
STADE - EXT/JOUR

NICOLAS prend le départ d’une course. NATHALIE est assise dans le public. Dès le départ, NICOLAS se détache et prend la tête de la course. Il la remporte avec plusieurs foulées d’avance sur ses concurrents. NATHALIE exulte de joie.
FIN
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Ecrit en 1982, « Autodafé » traduit le rapport très ambigu que j’entretiens avec l’écriture. J’ai souvent constaté que les situations décrites dans mes textes se réalisaient dans ma vie ensuite…

C’est ce que Gérard de Nerval appelait « le déversement du rêve dans la réalité ».

Curieuse coïncidence, en me rendant à Grenoble, au cours de l’été 1982, pour travailler les lieux de mon scénario, je tombe nez-à-nez un soir avec les membres de la troupe de théâtre Manivel dont j’ai fait la connaissance un mois plus tôt.

Nous dînons ensemble et je fais clairement comprendre à la troupe que je veux travailler avec elle. Son animateur, Benoît Weiler, m’appelle à la rentrée 1982.

Si « Autodafé » n’a jamais été réalisé, au moins a-t-il favorisé cette rencontre. Il est aussi très prémonitoire des rapports que j’allais ensuite entretenir avec les sportifs tout au long de mon exploration de l’univers de la boxe.

En 1990, pendant mon année sabbatique, pour aller vers la « vraie vie », je décide de me débarrasser de tous mes livres. Me revient en mémoire une phrase des alchimistes, citée par Jung : « Déchire tes livres avant qu’ils ne te déchirent le cœur ».

Autre coïncidence troublante, pendant cette même année sabbatique, je quitte mon grand duplex du XIXè arrondissement de Paris pour m’installer dans un minuscule 13m2 du côté de la rue Daguerre, dans le XIV. Les murs de cet appartement sont incroyablement blancs, la pièce unique est incroyablement lumineuse. La réplique exacte de la chambre que découvre Olivier en arrivant à Grenoble.

C’est dans cette cellule quasi monastique que je vais écrire la série « Goal » et mes autres scénarios professionnels.

© Christian Julia. 1982.
Reproduction interdite.

Vous pouvez télécharger la version PDF de ce scénario
pour le lire avec une liseuse :

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