Christian Julia
écrits
Ecrits
Théâtre
La Création du Monde

SCENE 15
En Enfer
DIABLE, SATAN, BELZEBUTH, LUCIFER

SATAN
(Au Diable) Dis-moi, il a l’air de t’intéresser cet animal-là...
DIABLE
Hé !
SATAN
Tu vas pouvoir en faire des ravages avec un être aussi orgueilleux, aussi sûr de lui, hein ?
BELZEBUTH
Si tu as besoin d’idées, ne te gêne pas...!
DIABLE
Dieu a tapé dans le mille. L’Homme est vraiment le sommet de sa Création. On ne va pas s’ennuyer avec lui !
SATAN
Je le trouve plutôt joli garçon...
LUCIFER
Eve n’est pas mal non plus...
DIABLE
Ne vous laissez pas attendrir.
SATAN
Qu’est-ce que tu veux ? On n’est pas des anges, nous !
LUCIFER
Eux non plus !
BELZEBUTH
Pas des anges ! Non mais, vous ne les avez pas bien regardés. Ils passent leur temps à se balader dans l’Eden ! Ça batifole ! Ça se susurre des mots doux à l’oreille ! Comme s’il n’y avait pas mieux à raire ! À leur âge !
SATAN
Ça, c’est vrai. Ils ont quand même l’air un peu niais.
DIABLE
Ils sont nus, ces crétins ! Et ils ne s’en rendent même pas compte. Les imbéciles !
BELZEBUTH
Et ça cueille des fleurs, ça folâtre dans les champs, ça se baigne dans les cascades, ça rêvasse dans les bosquets, ça écoute le chant des oiseaux. Il faut absolument les secouer un peu !
LUCIFER
Regarde Adam : ses mains sont blanches comme celles d’une femme ! On voit bien qu’il n’a jamais travaillé de sa vie, celui-là !
SATAN
Et Eve ? Est-ce que vous avez déjà vu une goutte de sueur sur son front ? Jamais !
DIABLE
À mon avis, avec ces deux oiseaux-là, le Monde va baigner dans la guimauve. J’ai bien envie de leur faire perdre leurs airs d’enfants gâtés.
BELZEBUTH
Ça, tu as raison ! Ils sont d’un niais ces deux-là.
DIABLE
Oui, mais que faire ?
SATAN
Et si, l’Homme, de temps en temps, comme ça, était tenté de faire le mal ?
DIABLE
Mais il ne connaît que le bien !
SATAN
Il suffit de lui ouvrir les yeux !
LUCIFER
On pourrait se servir de la Femme...
DIABLE
Oui... (Un temps) Je crois que j’ai une idée.
LUCIFER
Qu’est-ce que tu vas faire ?
DIABLE
Toi, Lucifer, va te déguiser en serpent et toi, Belzébuth, va te déguiser en pomme... Je vous expliquerai ensuite ce que vous devez faire...
NOIR

SCENE 16
Au Paradis
NICODEME et CAPRICIA

Nicodème et Capricia sont seules en scène. Elles paraissent très préoccupées.
NICODEME
Tu crois qu’il m’en veut ?
CAPRICIA
Mais non. Tu n’y es pour rien après tout...
NICODEME
Un peu, tout de même.
CAPRICIA
Je ne vois pas ce que Dieu pourrait te reprocher.
NICODEME
Qui a eu l’idée de la Femme ? C’est bien moi ! Sans elle, rien ne serait arrivé.
CAPRICIA
Tu as eu l’idée. Mais c’est lui qui l’a réalisée. Tu ne dois pas te sentir coupable.
NICODEME
Que veux-tu ? Je suis comme ça. C’est plus fort que moi. Je me sens responsable de cette catastrophe. Tout était si bien parti... Le Ciel, la Terre, la verdure, les bestioles... Tout cela fonctionnait à merveille... Même l’Homme avait l’air assez réussi...
CAPRICIA
Nous sommes tous responsables. Ce qui est arrivé était prévisible. Simplement, personne ne l’avait prévu.
NICODEME
C’est affreux, j’ai l’impression qu’un beau rêve s’est écroulé...
CAPRICIA
Allez, ressaisis-toi ! Rien n’est perdu. Je suis sûre que Dieu va trouver une astuce pour réparer tout cela...

SCENE 17
Au Paradis
NICODEME, CAPRICIA, DIEU et MERCURELLE

Dieu entre en scène, suivi de Mercurelle. Il est dans une colère folle.
DIEU
Ah, Ange Nicodème ! Je ne suis pas mécontent de vous voir. Enfin, si, justement. Je suis très mécontent !
NICODEME
Vous m’en voulez, Seigneur.
DIEU
Un peu, oui... Eve a bien failli compromettre toute ma Création !
NICODEME
Elle n’y est pour rien, Seigneur.
DIEU
C’est bien elle qui a poussé Adam à manger le fruit défendu...
NICODEME
Oui, mais il n’a pas résisté longtemps... Celui qui succombe est aussi responsable que le tentateur.
DIEU
Sans doute. Mais il a des circonstances atténuantes.
NICODEME
Oh ! Je sens bien que vous avez une préférence pour l’Homme. Vous accusez la Femme de tous les maux. Mais si vous voulez mon avis, le responsable, c’est le serpent.
CAPRICIA
Petite vipère !
NICODEME
Vous avez vu à quoi ça ressemble, un serpent ? C’est répugnant, tout en longueur. On ne sait jamais par quel bout le prendre. Ça n’a même pas de pattes. Et ça rampe derrière vous sournoisement, sans faire de bruit. Ça vous regarde de travers et ça vous tire une langue fourchue et venimeuse. Beurk ! Quelle confiance peut-on avoir dans un pareil animal !
CAPRICIA
C’est faux ! Le serpent est l’animal le plus gentil de la Création. Il ne ferait pas de mal à une mouche.
NICODEME
C’est malin !
MERCURELLE
Si je peux me permettre t’intervenir... Pour moi, le responsable, c’est l’ange Iris. Parfaitement, je dis bien l’ange Iris. Quelle idée aussi d’aller planter un arbre dont on ne peut pas manger les fruits ! C’est stupide !
DIEU
L’arbre, c’était mon idée.
MERCURELLE
Ça m’apprendra à me mêler de la conversation...
DIEU
Je l’ai créé pour tester la résistance de l’Homme.
CAPRICIA
Eh bien, c’est réussi. Nous sommes fixés maintenant.
DIEU
Parfaitement, Nous savons maintenant que l’Homme et la Femme sont des êtres faibles. Et que le Diable a décidé d’exercer ses pouvoirs sur eux. Eh bien, ça ne se passera pas comme ça ! Tu entends, Maudit Diable ! Je vais te battre avec tes propres armes. Ange Mercurelle ! Annoncez les décisions que j’ai prises...
MERCURELLE
Oui, Seigneur. (Elle ouvre son dossier et se met à lire) « Moi, Dieu Tout-puissant, Créateur du Ciel et de la Terre, j’ai décidé de chasser Adam et Eve du Paradis terrestre ».
NICODEME
Oh !
MERCURELLE
« ... Le serpent sera maudit. Il marchera éternellement sur son ventre et mangera de la poussière toute sa vie. La Femme enfantera dans la douleur. Ses désirs la porteront vers l’Homme, qui la dominera. Le sol sera maudit. La terre produira des épines et des ronces... »
NICODEME
Vous n’allez pas faire ça !
MERCURELLE
« ... L’Homme gagnera sa nourriture à la sueur de son front jusqu’à ce qu’il retourne à la terre où il a été pris. Car il est poussière et il redeviendra poussière ».
CAPRICIA
Mais vous êtes pire que le Diable !
DIEU
Je place seulement l’Homme devant ses responsabilités. Il sait désormais ce qui est bien et ce qui est mal. à lui de choisir sa voie.
NOIR

SCENE 18
En Enfer
DIABLE, SATAN, BELZEBUTH, LUCIFER

Les diables sont réunis autour d’une table et font la fête.
LES DIABLES
(Au Diable) Un discours ! Un discours ! Un discours !
DIABLE
(Se levant) Mes amis... Mes amis… Je lève mon verre à la santé du Monde !... Et à notre santé aussi. J’ai organisé cette petite fête pour saluer la réalisation de nos plans. Nous avons enfin pris notre revanche. Et quelle revanche ! Nous avons compromis toute la Création !
LES DIABLES
Ouais !
DIABLE
Nous avons rendu l’Homme mauvais !
LES DIABLES
Ouais !
DIABLE
Et la Terre invivable !
LES DIABLES
Ouais !
DIABLE
Ce n’est pas un succès, c’est un triomphe !
LES DIABLES
Ouais !
SATAN
Dieu nous a quand même bien aidés.
LUCIFER
Faire enfanter la femme dans la douleur, jamais on n’y aurait pensé...
BELZEBUTH
Et obliger l’Homme à travailler pour vivre, ça nous serait jamais venu à l’idée !
DIABLE
Je dois reconnaître que Dieu a failli nous battre sur notre propre terrain. Mais, quand même, c’est nous qui avons fait le plus gros. Et maintenant, nous pouvons dormir sur nos deux cornes. Le train est sur les rails ; il n’y a plus qu’à le laisser rouler. Les catastrophes vont s’enchaîner d’elles-mêmes. Je vous propose donc de boire à notre victoire, et à notre repos bien mérité.
Les Diables trinquent.
BELZEBUTH
Bah oui, mais Dieu, dans tout ça, on lui fiche la paix ?
SATAN
C’est vrai, ça ! On s’en est pris à ce pauvre Homme qui n’avait rien demandé à personne et Dieu, on s’en n’est pas occupé...
DIABLE
Qu’est-ce qu’il vous faut ! Vous avez vu la tête qu’ils font au Paradis.
SATAN
Ça les change pas. Ils tirent toujours une tronche de six pieds de long !
BELZEBUTH
Moi, je dis qu’il faut aller plus loin. On ne va pas s’arrêter en si bon chemin.
DIABLE
Attendez ! Attendez ! Vous voulez vous en prendre à Dieu lui-même ?
BELZEBUTH
Pourquoi pas ?
DIABLE
Pourquoi pas... Pourquoi pas... Comme vous y allez !
BELZEBUTH
Non mais ce serait trop facile ! Ils sont là-haut, peinards, pendant que les autres s’entre-tuent sur Terre ! Il faut qu’ils en subissent les conséquences ! Voilà.
DIABLE
Et comment ?
BELZEBUTH
Je ne sais pas...
DIABLE
Ah ! Tu vois que ce n’est pas si simple de s’attaquer à Dieu...
LUCIFER
On n’est pas obligé de s’attaquer à lui directement. Il suffirait de mettre un peu la pagaille au Paradis...
DIABLE
Mais elle y est déjà, la pagaille ! Tu as bien vu. Ils n’arrêtent pas de se disputer.
SATAN
Ouais... Mais ça ne va pas durer. Ils ne vont pas se faire la gueule toute l’éternité...
BELZEBUTH
J’ai une idée.
DIABLE
Vas-y !
BELZEBUTH
Dieu a donné une âme aux hommes. Nous sommes d’accord ? (Les diables acquiescent) Cette âme, jusqu’à présent, elle est restée sur Terre. Elle s’est réincarnée dans d’autres hommes ou dans des bestioles. Vous me suivez (Les diables acquiescent de nouveau) Eh bien, mon idée, c’est d’expédier les âmes au Paradis !
SATAN
Super !
BELZEBUTH
Vous imaginez la tête qu’ils vont faire quand ils verront tous les mortels débarquer chez eux ? Pour une pagaille, ça va être une vraie pagaille !
DIABLE
Ton idée est intéressante, mais je ne vois pas pourquoi les âmes iraient au Paradis au lieu de rester sur Terre...
LUCIFER
Moi, je vois ça très bien. Il suffit d’aller dire aux hommes : « Ça ne vous dirait pas de vivre dans un pays merveilleux, peuplé d’angelots rondouillards, plein de nuages moelleux où vous pourrez vous vautrer le restant de l’éternité, un pays où il ne pleut jamais, où il fait toujours beau, un pays où le mal n’existe pas ? ». Crois-moi, si tu leur dis ça, ils n’hésiteront pas une seconde !
SATAN
Oui ! C’est exactement ce qu’il faut faire...
BELZEBUTH
Il faut leur dire que l’âme est immortelle, qu’elle a sa place auprès de Dieu, qu’elle peut échapper à l’enfer terrestre...
LUCIFER
On n’est pas obligé de leur dire qu’ils vont s’ennuyer à crever...
BELZEBUTH
Ni que les anges sont d’insupportables fils à papa...
SATAN
Bien sûr ! On peut enjoliver un peu...
DIABLE
D’accord. Descendons sur Terre. Prenons l’apparence des humains et allons leur porter la bonne nouvelle...
SATAN
(À Lucifer) Tu te déguises en quoi, toi ?
LUCIFER
En femme, bien sûr ! Et toi ?
SATAN
Tu le demandes ? En homme, pardi !
Ils quittent la scène.

SCENE 19
Au Paradis
DIEU, MERCURELLE, ABEL puis GABRIEL et enfin CHARLOTTE

Dieu est seul sur scène. Il semble préoccupé.
DIEU
C’est agaçant de ne pas savoir ce que le Diable complote. Il faudrait l’espionner. Mais aucun des anges ne voudra aller en Enfer... Et puis, ça ne se fait pas. Pourtant, je suis sûr que, lui, il l’a fait... Mais, justement, lui, c’est le Diable. Je ne peux pas me montrer plus mauvais que lui. (Un temps) J’ai exagéré avec Adam. C’est facile de condamner quelqu’un à travailler quand on n’a jamais rien fait de l’éternité. Si, quand même, j’ai fait quelque chose. J’ai créé le Monde. Ce n’est pas exactement ce que j’avais imaginé mais, vu d’ici, ça a plutôt de la gueule...
Mercurelle entre en scène. Elle s’approche de Dieu, qui est plongé dans ses pensées, et tousse légèrement pour attirer son attention.
DIEU
Qu’est-ce que vous voulez ?
MERCURELLE
Seigneur, excusez-moi de vous déranger pendant votre méditation, mais il y a un HOMME qui voudrait vous parler...
DIEU
Comment ça « un homme » ? Vous voulez dire un vrai ? Un vrai homme, ici ? J’avais dit qu’il retournerait en poussière... Vous n’avez pas transmis ?
MERCURELLE
Si, si. J’ai transmis. Mais c’est son âme qui a atterri ici...
DIEU
C’était prévu, ça ?
MERCURELLE
Je ne sais pas ... Il me semble... Non ?
DIEU
Bon. Faites-le entrer ... Il a l’air de quoi ?
MERCURELLE
Euh... D’un homme...
Mercurelle se retourne pour aller chercher Abel, mais celui-ci est déjà entré en scène. Il s’avance vers Dieu.
ABEL
Vous êtes bien le Seigneur Tout-puissant, Créateur du Ciel et de la Terre ?
DIEU
Oui. C’est bien moi.
ABEL
Eh bien, je ne vous fais pas mes compliments.
DIEU
Mais enfin, qui es-tu ?
ABEL
Je suis Abel, le fils d’Adam.
DIEU
Et qu’est-ce que tu fais là ?
ABEL
Je suis là, Seigneur, parce que mon frère Caïn m’a écrabouillé la tête avec une pierre. Une grosse pièce.
DIEU
Oui, je vois. Et ça ne te fait pas trop souffrir...?
ABEL
Plus maintenant.
DIEU
Tu n’es donc pas mort de mort naturelle.
ABEL
Voilà. Pour tout dire, j’ai été assassiné.
MERCURELLE
Mais l’assassinat n’était pas du tout prévu ! C’est criminel !
DIEU
C’est sûrement une invention du Diable !
ABEL
Non, je crois plutôt que mon frère a un caractère épouvantable et qu’il ne sait pas se contrôler...
DIEU
Ton père ne pouvait pas le surveiller un peu ?
ABEL
Oh, vous savez ! Mon pauvre père n’a plus sa tête à lui. Depuis que vous l’avez chassé du Paradis terrestre, ce n’est plus le même homme... Il a été traumatisé. Parfois, le nuit, il se réveille en sursaut et il se met à crier : « Je suis nu ! Je suis nu ! Je suis nu ! Et, en plus, maintenant, je le sais ! » Ma mère ne supporte plus ses crises. Elle fait grotte à part.
DIEU
Pauvres mortels ! Mais, Caïn, lui, il n’a pas été traumatisé...
ABEL
Non, mais vous l’avez poussé à bout.
DIEU
Ça va être encore de ma faute ! Et pourquoi ?
ABEL
Il vous a offert des fruits que vous n’avez même pas regardés. Vous n’avez vu que les premiers-nés de mon troupeau. Ça l’a rendu jaloux.
DIEU
Mais ces fruits étaient tous pourris !
ABEL
Peut-être, mais vous avez marqué une préférence pour moi, et ça l’a vexé.
DIEU
Il est bien susceptible, ton frère. Ange Mercurelle ! Qu’on mette une marque sur le front de Caïn pour que personne ne le tue et que le remords le ronge toute sa vie...
MERCURELLE
Bien, Seigneur.
DIEU
Quant à toi, Abel, je te demande de pardonner à ton frère. Il est plus à plaindre que toi...
ABEL
Ça ! Je ne suis pas mécontent d’avoir quitté la Terre. C’est pas tenable, en bas, vous savez. Il faut travailler dur pour vivre. Et la terre est basse. Sans parler des nuages. Il pleut tout le temps. Et quand il ne pleut pas, le soleil nous grille la peau. Et puis, il y a tous ces animaux féroces. La nuit, on n’ose pas sortir de sa grotte. Si vous croyez que c’est une vie...
Gabriel arrive en courant sur scène.
GABRIEL
Seigneur, c’est une catastrophe ! (Il aperçoit Abel) Qui est-ce ?
DIEU
C’est Abel, le fils d’Adam...
GABRIEL
Mon Dieu ! C’est donc ça, un homme...
DIEU
Eh oui ! Quand je pense que je l’ai créé à mon image ! Enfin... Que vous arrive-t-il, Ange Gabriel ?
GABRIEL
C’est la panique la plus complète au Paradis. Les mortels commencent à affluer ici. Ça prend des proportions gigantesques. C’était prévu ?
DIEU
Je ne me souviens plus.
GABRIEL
En tout cas, ils sont des milliers. Et il en arrive à chaque instant. Ils racontent des histoires abominables de meurtres, de suicides, de maladies, d’accidents. C’était prévu tout ça ?
DIEU
Je ne me souviens plus.
GABRIEL
Nous n’aurons jamais assez de place pour les accueillir tous. Il faut trouver une solution. Ils ne peuvent pas rester au Paradis...
ABEL
Quand même ! Nous avons mérité un peu de repos. Avec tout ce qu’on a enduré sur Terre. En bas, on nous a dit qu’on aurait droit au repos éternel... Pas question de revenir sur les avantages acquis.
Charlotte entre en scène, visiblement outrée.
CHARLOTTE
Seigneur, je vous préviens que si ça continue, je fais mes bagages et je m’en vais. Ce n’est plus possible ! À tous les coins de nuages, on rencontre des êtres comme celui-là. Je ne vais plus oser mettre le nez dehors !
DIEU
Calmez-vous, Ange Charlotte.
CHARLOTTE
(À Abel) Vous vous appelez bien ABEL ?
ABEL
Oui.
CHARLOTTE
Eh bien, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer : votre frère vient d’arriver...
ABEL
Quoi !?
DIEU
(À Mercurelle) J’avais dit qu’on le marque au front !
MERCURELLE
Il a dû mourir de vieillesse.
DIEU
Déjà ?!
GABRIEL
Vous ne pouvez pas vous imaginer, Seigneur, comme le temps passe vite sur Terre. À peine un homme arrive-t-il ici que dans la minute qui suit toute sa descendance débarque. Il faut faire quelque chose de toute urgence !
DIEU
Absolument. Nous n’allons pas obliger les victimes à côtoyer leurs assassins...
CHARLOTTE
Triez les bons et les méchants. Envoyez les méchants au Diable, et ne gardez que les bons au Paradis.
MERCURELLE
Ça va faire une comptabilité dingue !
DIEU
L’Homme doit mériter le Paradis. Mettez les mortels au Purgatoire et triez-les là-bas. Ange Charlotte, je vous charge de ce travail. Ange Mercurelle, Ange Gabriel, vous l’aiderez. Allez-y tout de suite...!
Les trois anges quittent la scène.
ABEL
Je peux rester ?
DIEU
Oui. Tu as bien mérité de t’asseoir parmi les anges...
Abel quitte à son tour la scène. Dieu reste seul.
DIEU
C’est la cata ! C’est la cata !

SCENE 20
Au Paradis
DIEU et MEDARD puis SEBASTIEN, CAPRICIA et IRIS enfin MERCURELLE

Dieu est seul en scène. Il est plongé dans ses pensées. L’ange Médard apparaît.
MEDARD
Je peux vous parler, Seigneur
DIEU
Entrez, entrez, Ange Médard.
MEDARD
Vous m’avez demandé de trouver un moyen de nous protéger de la pluie. Eh bien, je l’ai trouvé ! (Il ouvre un grand parapluie multicolore) Voici mon invention.
DIEU
C’est très joli.
MEDARD
Avec ça, Seigneur, vous pourrez vous promener sous la pluie sans rien sentir. Avec un modèle plus grand, on peut même se promener à deux. (Elle chantonne) « Un petit coin de parapluie, pour un coin de Paradis... ».
DIEU
Malheureusement, votre invention arrive trop tard...
MEDARD
Ah bon ! Il ne pleut plus ?
DIEU
Si. Mais il se passe sur Terre des choses terribles. L’Homme est possédé par le Diable. Il ne songe qu’à faire le mal. Je regrette de l’avoir créé. J’ai dû commettre une erreur quelque part...
Il aperçoit Sébastien, Iris et Capricia qui entrent en scène.
Ah ! Vous tombez bien, entrez !
SEBASTIEN
Je ne comprends pas pourquoi les âmes des mortels arrivent au Paradis. Ce n’était pas du tout prévu...
DIEU
Je sais. C’est encore un tour du Diable. Mais c’est toi qui as voulu donner une âme aux hommes !
SEBASTIEN
Mais...
DIEU
Ça n’a pas d’importance. Asseyez-vous. (Un temps) Le bilan de la Création est catastrophique. Il faut réagir avant qu’il ne soit trop tard.
SEBASTIEN
Que comptez-vous faire, Seigneur ?
DIEU
Saborder la Création. Nous ne réussirons jamais à rendre l’Homme meilleur. Le Diable s’est insinué en lui. J’ai cru qu’en le mettant face à ses responsabilités, il trouverait le bon chemin qui mène à moi. Eh bien, c’est raté. Il faut mettre un terme à l’expérience. Nous nous occuperons autrement.
CAPRICIA
Est-ce qu’il n’y a pas d’autre solution ? On ne va pas réduire à néant tout notre travail !
IRIS
Il faut donner une nouvelle chance à l’Homme...
DIEU
Non ! Ma décision est prise. Le Monde sera détruit.
CAPRICIA
Mais, Seigneur, les bestioles n’ont rien fait !
IRIS
Les fleurs non plus !
DIEU
Je sais. Mais je ne peux pas détruire le Monde par petits bouts.
MERCURELLE
Pardonnez-moi, Seigneur. J’ai les premiers résultats du tri. Est-ce que vous voulez les connaître ?
DIEU
Volontiers.
MERCURELLE
« Statistique de répartition des âmes des mortels entre le Paradis et l’Enfer. Sur 7 897 549 mortels, 6 145 873 sont bons à envoyer aux Enfers. Sur le reste, soit 1 751 676 mortels, 3 251 seulement méritent le Paradis ». Quant aux autres, nous n’avons pas pu les juger tout de suite. Nous les laissons au Purgatoire pour des examens complémentaires.
DIEU
Merci, Ange Mercurelle. Vous voyez, Ange Sébastien, ces statistiques sont accablantes.
SEBASTIEN
Elles prouvent que l’Homme n’est pas fondamentalement mauvais puisqu’il y en a plus de 3 000 qui sont dignes du Paradis. Il ne faut pas détruire le Monde. Il faut simplement le refaire.
DIEU
Je préfère m’en débarrasser une fois pour toutes. Et penser à autre chose. C’est trop de soucis à mon âge...
MERCURELLE
Seigneur, si je peux me permettre, je suis assez... je suis un peu... de l’avis de l’Ange Sébastien. Il y a sur Terre des chics types, vous savez. L’un d’eux est constamment cité par les mortels que nous avons examinés. Il s’appelle Noé. Il a toujours su résister au Diable. Il pourrait donner naissance à une nouvelle race d’hommes...
CAPRICIA
Une espèce d’étalon...
MERCURELLE
C’est ça...
DIEU
Vous croyez ?
MERCURELLE
J’en suis sûre.
DIEU
Bon. Je sauverai donc cet homme-là et j’exterminerai les autres. Mais comment ?
CAPRICIA
On pourrait les faire dévorer par les lions...
IRIS
On pourrait les empoisonner avec des champignons vénéneux...
DIEU
Non, il me faut un moyen plus rapide...
MEDARD
Et si on utilisait l’eau des nuages pour les noyer, comme des chats ... ?
DIEU
C’est intéressant.
MEDARD
Noé utiliserait un bateau pour être sauvé...
CAPRICIA
Et il emporterait un représentant de chaque bestiole...
IRIS
Et un échantillon de chaque plante.
DIEU
Cela me paraît une excellente idée. Ange Mercurelle, prenez votre bloc. Je vais vous dicter une lettre pour ce monsieur Noé.
MERCURELLE
Bien, Seigneur.
DIEU
Ecrivez : « Mon cher Noé, vous m’avez été signalé comme étant le meilleur homme que la Terre ait connu. Je vous ai donc choisi pour que votre descendance répande sur Terre une nouvelle race d’hommes. Je vous demande de construire une arche. Vous en trouverez le plan en annexe. Vous y installerez une paire de chaque animal et un spécimen de chaque plante. Puis vous y prendrez place avec votre famille. Et vous attendrez le déluge. Il pleuvra pendant quarante jours et quarante nuits. Et je détruirai ainsi les êtres que j’ai créés. Veuillez agréer, mon cher Noé, etc... » (À Sébastien) Qu’en pensez-vous ?
SEBASTIEN
Rien.
DIEU
Ça m’étonnerait de vous. Vous avez certainement une opinion...
SEBASTIEN
Vous tenez vraiment à la connaître ?
DIEU
Bien sûr, bien sûr.
SEBASTIEN
Eh bien, mon opinion, c’est que je vous trouve bien légers, tous. Ça n’a pas l’air de vous gêner beaucoup qu’on détruise l’Homme, votre Création, NOTRE Création. Vous avez même eu des idées très raffinées pour vous en débarrasser...
MEDARD
Mais nous ne détruisons pas l’Homme puisque Noé va survivre...
SEBASTIEN
Mais avez-vous seulement pensé à ceux qui vont périr noyés ? Avez-vous pensé à leur terreur ? Noé est sans doute le meilleur mais parmi les autres il y en sûrement des milliers qui ne méritent pas un tel châtiment !
DIEU
Il faut leur donner une leçon ! Et au Diable aussi.
SEBASTIEN
Vous voyez le Diable partout. En réalité, il n’est que dans votre imagination. Qui a inventé le mal ? Lui ou vous ? Vous, bien sûr, puisque vous avez tout inventé !
DIEU
Vous allez trop loin, Ange Sébastien...
SEBASTIEN
Nous avons voulu nous occuper. Nous avons imaginé les étoiles, les planètes, la verdure et toutes sortes de bestioles. C’était parfait. Mais il vous fallait une créature qui chante votre gloire à longueur de journée. Et vous avez trouvé qu’Adam et Eve ne s’intéressaient pas assez à vous. Vous leur avez tendu un piège. Et maintenant vous avez des remords !
DIEU
C’est un peu fort ! Selon vous, tout est de ma faute !
SEBASTIEN
Tout est de notre faute. Nous avons fait de la Terre un monde invivable. Et vous voudriez que l’Homme soit un ange ! Rendez la Terre meilleure et l’Homme sera meilleur. Et puis, cessez d’accuser tout le temps le Diable. C’est tout ce que j’avais à dire...
DIEU
Bien. Ange Mercurelle, demandez à l’ange Gabriel d’aller porter cette lettre à Noé. Ça l’occupera un peu... (À Sébastien) Nous verrons bien si le déluge vous donne raison, Ange Sébastien.
Dieu quitte la scène.
NOIR

SCENE 21
Au Paradis
GABRIEL, MICHAEL, CHARLOTTE, IRIS puis DIEU

Charlotte, Michaël et Iris sont en scène. Ils paraissent soucieux. Gabriel entre en scène.
GABRIEL
Alors ? Les nouvelles sont bonnes ?
CHARLOTTE
Plutôt mauvaises, oui !
GABRIEL
Aïe, aïe, aïe ! Le Seigneur était tellement persuadé qu’en repartant à zéro, le Monde serait meilleur. Qu’est-ce qui s’est passé ? On s’est trompé sur Noé ?
CHARLOTTE
Oh, lui, il a été parfait ! Mais ses fils...! Catastrophique, sa descendance. Au bout de plusieurs générations, elle peuplait la Terre entière. Elle a constitué des nations qui parlaient la même langue...
GABRIEL
Eh bien, c’est plutôt bien, ça...
CHARLOTTE
Pas du tout ! Ils se connaissaient trop bien. Le Seigneur a craint qu’ils ne se coalisent contre lui. Il a profité qu’ils étaient tous réunis dans une tour, à Babel, pour confondre leurs langages.
GABRIEL
Et il va encore accuser le Diable de semer la discorde entre les hommes ... !
MICHAEL
Il n’a pas encore fait de déclaration. Depuis le déluge, il ne quitte plus son nuage. J’ai l’impression qu’il boude. On dirait que la Terre ne l’intéresse plus.
IRIS
Il a quand même fait détruire Sodome et Gomorrhe...
CHARLOTTE
Et il a eu raison ! Il s’y passait de ces choses...!
GABRIEL
Eh bien, mes enfants, tout ça n’est pas très gai... à mon avis, la fin du Monde est proche.
Dieu entre en scène. Il a entendu la dernière phrase de Gabriel.
DIEU
Non ! La fin du Monde n’est pas pour tout de suite. J’ai longuement réfléchi. Je crois que l’Homme est mauvais parce qu’il croule sous le poids de ses pêchés. Il faut le délivrer. Il faut qu’il sache que j’existe et qu’il peut gagner son salut. On l’a jeté sur Terre et on ne lui a pas donné le mode d’emploi.
CHARLOTTE
Parfaitement. Il faut qu’il connaisse les règles et qu’il les applique scrupuleusement !
DIEU
L’Homme a besoin d’entendre mon message d’amour et de miséricorde.
GABRIEL
Vous voulez dire que vous allez vous rendre sur Terre ?
DIEU
Moi ? Pas du tout ! Mais je vais envoyer l’un de vous. Qui est volontaire ?... Vous, Ange Gabriel ?
GABRIEL
C’est que j’ai beaucoup de travail en ce moment. Il faut écouter toutes les prières des mortels, faire les comptes rendus et les synthèses... Ça me prend beaucoup de temps...
DIEU
Alors, vous, Ange Charlotte ?
CHARLOTTE
Ah, moi ! Je suis prise ! J’ai tous les jours de nouveaux mortels à trier. Je n’ai pas une minute à moi...
IRIS
(Voyant que le regard de Dieu se tourne vers elle) Moi, j’aide l’Ange Charlotte...
DIEU
Alors, c’est vous, Ange Michaël, qui irez répandre ma parole sur Terre.
MICHAEL
Vous n’allez pas m’envoyer dans cet Enfer...
DIEU
Vous oubliez que vous m’avez fait la promesse d’aller sur Terre un jour.
MICHAEL
Oui, mais c’était avant, quand la Terre était encore un Paradis.
DIEU
Sans doute, mais c’est maintenant que j’ai besoin que vous y alliez.
MICHAEL
C’est pas juste ! Il y a d’autres anges, ici. Pourquoi moi ?
DIEU
Parce que j’ai confiance en vous.
MICHAEL
Je ne mérite pas votre confiance.
DIEU
Excellent ! Vous êtes la dernière chance de l’Homme. Je mets tous mes espoirs en vous, Ange Michaël. La fin du Monde est proche.
MICHAEL
Bon. Puisque vous le demandez, j’irai sur Terre. Mais je sens que ça va mal se terminer pour moi...
DIEU
Vous naîtrez comme un homme, vous aurez un nom d’homme et vous mènerez une vie d’homme. Ange Gabriel ! Je vous charge de choisir une femme douce et bonne. Vous lui annoncerez qu’elle va enfanter le fils de Dieu.
GABRIEL
Doux Jésus !
DIEU
(À Michaël) Je vous accompagnerai chaque jour dans votre mission. Mais n’attendez pas de moi de miracles...
MICHAEL
Oh si ! Je vous en supplie, Seigneur ! Faites-en quelques-uns de temps en temps, pour qu’ils croient en moi, et en vous aussi.
DIEU
J’essaierai. Allez, partez ! Le sort de l’Homme est entre vos mains.
MICHAEL
Bigre ! Bon, j’y vais.
IRIS
Reviens-nous vite !
CHARLOTTE
Faites attention à vous.
GABRIEL
Je te dis rien, mais... merde, hein...
DIEU
Et ne désespérez jamais de moi !
Michaël sort.
GABRIEL
Bon. Moi, je vais chercher une femme...
DIEU
Mariée...
GABRIEL
Mariée, en plus. Je vais passer pour quoi...?
Gabriel sort à son tour.
DIEU
Si l’ange Michaël n’arrive pas à rendre l’homme meilleur, alors il faudra faire une croix dessus.
NOIR

SCENE 22
Au Paradis
SEBASTIEN, GABRIEL, CHARLOTTE et IRIS

Charlotte regarde le monde dans ses jumelles.
SEBASTIEN
Alors ? Tu vois quelque chose ?
CHARLOTTE
Pas très bien. Attends. Il faut que je règle. Ça y est. C’est net maintenant.
GABRIEL
Tu vois Michaël ?
CHARLOTTE
Je vois « Jésus ».
GABRIEL
Excuse-moi, je ne me ferai jamais à ce nom ridicule...
SEBASTIEN
Et qu’est-ce qu’il fait, « Jésus » ?
CHARLOTTE
Rien. Mais j’ai l’impression qu’il est en procès.
SEBASTIEN
De quoi est-il accusé ?
CHARLOTTE
Comment veux-tu que je sache ? C’est des jumelles, pas une radio. Il a dû en faire trop, comme d’habitude...
IRIS
On ne va pas le laisser comme ça ! (À Charlotte) Passe-moi les jumelles !
CHARLOTTE
Non ! Laisse-les moi !
IRIS
Je veux regarder !
CHARLOTTE
Tu les auras tout à l’heure...
IRIS
Non ! Tout de suite !
SEBASTIEN
Attends, Ange Iris. On les aura chacun notre tour...
CHARLOTTE
Ah ! C’est malin ! Il n’est plus dans la salle du procès... Oh ! Les monstres !
LES ANGES
Qu’est-ce qu’il y a ?
CHARLOTTE
Oh ! Les monstres !
SEBASTIEN
Parle, à la fin !
CHARLOTTE
Oh ! Les monstres ! Ils l’ont mis tout nu et ils le fouettent. Les monstres ! Ils lui mettent une couronne d’épines sur la tête. Oh ! Les monstres ! (À Iris) Tiens, je ne veux pas en voir plus...
IRIS
(S’emparant des jumelles) Comment ça se règle ? (Sébastien lui indique le réglage) Je ne vois rien !... Ça y est, je le vois.
LES ANGES
Alors ?
IRIS
C’est pas possible ! C’est pas possible ! Ils ne vont pas faire ça !
SEBASTIEN
Faire quoi ?
IRIS
Ils vont le crucifier.
LES ANGES
Oh !
IRIS
Ils lui font porter sa croix. Il traverse la ville. Les gens l’insultent, lui crachent au visage, lui jettent des pierres... Mon Dieu ! Il est tombé.
LES ANGES
Oh !
IRIS
Ils se relève. Il fait quelques pas... Il tombe encore.
LES ANGES
Oh !
IRIS
Il se relève. C’est affreux ... ! J’en ai assez vu.
Sébastien s’empare des jumelles.
SEBASTIEN
Ils sont en train de le clouer sur une croix.
CHARLOTTE
On ne peut pas rester là sans intervenir.
GABRIEL
Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ?
CHARLOTTE
Il y a bien un moyen de le sauver.
GABRIEL
Il n’y a que Dieu qui puisse l’aider.
CHARLOTTE
Le temps qu’on aille le chercher il sera trop tard.
SEBASTIEN
C’est trop tard. Il est mort.
LES ANGES
Oh !

SCENE 23
Au Paradis
GABRIEL, SEBASTIEN, CHARLOTTE, IRIS, MICHAEL puis DIEU

Michaël entre en scène, épuisé mais heureux.
MICHAEL
Salut !
LES ANGES
Ouais...
MICHAEL
(Se laissant tomber sur une chaise comme un boxeur au coin d’un ring) Ouf ! Quelle épreuve !
CHARLOTTE
Tu as été fantastique.
IRIS
Tu leur en as mis plein la vue !
MICHAEL
Merci, vous êtes gentils.
SEBASTIEN
Tiens, bois un peu.
MICHAEL
Eh bien, je ne suis pas mécontent que ce soit terminé ! Vous ne pouvez pas vous imaginer ce que c’est que la vie sur Terre. Enfin... je m’attendais à pire ! Mais les hommes... Ils ne comprennent rien à rien... Il faut leur répéter trente-six fois les mêmes choses. C’est pourtant simple. Enfin... Maintenant, je vais pouvoir me reposer un peu.
Dieu entre en scène.
DIEU
Pas question ! Tu y retournes. Il le faut !
MICHAEL
Jamais de la vie ! J’y suis allé une fois, ça me suffit.
DIEU
Si tu n’apparais pas une seconde fois aux hommes, ils te prendront pour un charlatan. Tu dois ressusciter.
MICHAEL
Je ne peux pas me reposer cinq minutes ?
DIEU
Non. Le temps passe vite sur Terre. Si tu tardes, ils t’auront oublié.
MICHAEL
D’accord. Je prends une douche et j’y vais.
DIEU
Tu n’as pas le temps !
MICHAEL
Bon. Mais je fais juste un saut...
DIEU
Exactement.
MICHAEL
Alors, j’y retourne. (Aux anges) Restez-là. Je reviens tout de suite !
Il quitte la scène.
NOIR

SCENE 24
En Enfer
EMILIE PLANCHARD, DIABLE, LUCIFER, BELZEBUTH, SATAN

Une mortelle, Emilie Planchard, pénètre en Enfer. Les diables, qui sont descendus sur Terre depuis la dernière scène, sont absents.
EMILIE
C’est donc ça, le Paradis. J’en connais qui ont dû être déçus... Avec tout ce qu’on nous avait raconté sur Terre ! Si je m’attendais à ça ! Il n’y a pas beaucoup de lumière, ici. Et puis, il fait chaud. Vraiment très chaud. Enfin... C’est pas mal quand même. (Un Temps) Ohé ! Y’a quelqu’un ? Y’a personne. Je ne suis quand même pas la première mortelle à arriver au Paradis. C’est curieux... Comme c’est curieux... D’ailleurs, Saint-Pierre devrait être là pour m’accueillir ! Ohé ! Y’a quelqu’un ?
À ce moment, les diables entrent en scène, des valises à la main.
LUCIFER
Tiens ! Un nouvel ange déchu !
SATAN
Sa tête ne me rappelle rien...
LUCIFER
Salut !
EMILIE
Bonjour.
LUCIFER
Toi aussi, le vieux t’a viré du Paradis ?
EMILIE
Ah non ! Je viens juste d’arriver. Je me présente : je m’appelle Emilie Planchard de Combray-les-deux-Clochers, Loir-et-Cher.
SATAN
(À Belzébuth) Qu’est-ce qu’elle raconte ?
LUCIFER
Eh bien, soit la bienvenue. Je me présente...
EMILIE
Pas la peine ! Je vous ai reconnu. Vous êtes Saint-Pierre.
LUCIFER
Connais pas.
EMILIE
Mais si. C’est vous qui nous accueillez au Paradis. (À Satan) Et vous..., vous, vous êtes le petit Jésus.
SATAN
Elle est folle !
EMILIE
(À Belzébuth) Et vous..., le Saint-Esprit !
BELZEBUTH
Ou elle est folle, ou elle est myope.
EMILIE
(Au Diable) Et vous... Oh ! Vous... Vous êtes le Seigneur Tout-Puissant !
BELZEBUTH
À mon avis, celle-là, elle a dû abuser du jaja...
EMILIE
(Au Diable) Vous avez rasé votre barbe ?
DIABLE
Ma barbe ? Quelle barbe ?
EMILIE
En bas, on nous a toujours dit que le Seigneur avait une barbe.
DIABLE
En bas... tu veux dire, sur la Terre ?
EMILIE
Évidemment ! Je ne suis quand même pas la première mortelle à arriver ici !
LUCIFER
Pour parler franchement, si.
SATAN
Quelle tuile ! Le vieux ne va pas nous les expédier ici !
EMILIE
Eh bien, Saint-Pierre, je me présente à vous. Vous pouvez me faire passer l’examen. Allez-y. Je suis prête à répondre à toutes vos questions...
LUCIFER
Des questions ? (Aux autres) Qu’est-ce qu’elle veut que je lui pose comme questions ?
SATAN
Pose-lui la question.
LUCIFER
Qu’est-ce que tu veux que je te pose comme questions ?
EMILIE
Ah ! Je vois bien que vous n’avez pas encore l’habitude. Bon. Je vais vous aider. Demandez-moi si j’ai été vertueuse...
LUCIFER
Vertueuse... Est-ce que tu as été vertueuse ?
EMILIE
Oui.
LUCIFER
OK. Sois la bienvenue.
EMILIE
Ah non ! Ça ne suffit pas ! Il faut que vous me posiez d’autres questions.
LUCIFER
Non, non. Pour moi, ça suffit.
EMILIE
C’est pas du jeu ! Sur Terre, on nous a dit que nous devrions répondre de tous nos actes devant vous... (Au Diable) N’est-ce pas, Seigneur ?
DIABLE
Euh... Certainement.
EMILIE
Bon. Alors je vais vous raconter ma vie. (Les diables s’assoient, découragés à l’avance) Dès mon plus jeune âge, j’ai été vertueuse. à 6 ans, je disais ma prière tous les soirs...
LES DIABLES
Oh !
EMILIE
... à 7 ans, j’allais chaque soir allumer un cierge à l’église...
LES DIABLES
Oh !
EMILIE
... à 8 ans, je faisais mon signe de croix sans me tromper de sens...
LES DIABLES
Oh !
EMILIE
... à 9 ans... (Elle surprend Lucifer et Satan dans une attitude équivoque) Saint-Pierre ! Vous ne m’écoutez pas !
LUCIFER
Si, si. Tu disais, à 6 ans...
EMILIE
Non. J’en étais à 9 !
BELZEBUTH
Sans indiscrétion, t’es morte à quel âge ?
EMILIE
à 75 ans...
DIABLE
Vous ne les faites pas.
EMILIE
C’est que mon âme est restée aussi pure que celle d’un enfant.
BELZEBUTH
Tu parles ! Si ton âme était aussi pure que tu le dis, Dieu t’aurait pas envoyée en Enfer !
EMILIE
En Enfer ... ! Vous plaisantez ?
DIABLE
Hélas, non, ma chère Emile Planchard de Combray-les-deux-Clochers, Loir-et-Cher. Vous n’êtes pas au Paradis et je ne suis pas Dieu. Je suis le Diable, et voici Lucifer..., Satan... et Belzébuth...
EMILIE
Oh ! Mon Dieu ! Je suis damnée ! (Elle s’agenouille sur le devant de la scène) Dites-moi que ce n’est pas vrai, je ne suis pas en Enfer.
DIABLE
Pourtant, c’est l’exacte vérité. Et, pour une fois, je ne mens pas !
EMILIE
Oh ! Seigneur ! Moi qui ai mené une vie si vertueuse ! C’est injuste, injuste. (Un temps pendant lequel elle semble soudain comprendre le sens de sa mésaventure) Seigneur ! Voici donc l’ultime épreuve que vous m’imposez ! Je dois remettre ces âmes égarées dans le droit chemin...
LES DIABLES
Quoi ?!
DIABLE
Qui a eu l’idée de laisser les âmes des mortels quitter la Terre ?
Les diables sifflotent innocemment...
NOIR

SCENE 25
Au Paradis
SEBASTIEN, DIEU puis GABRIEL et MERCURELLE

Sébastien est seul en scène. Il regarde vers le fond de la salle. Dieu entre en scène et s’avance vers lui.
DIEU
Qu’est-ce que vous regardez comme ça ?
SEBASTIEN
Le Monde... Quand je pense que depuis des millions d’années, cette petite boule bleue est l’unique objet de toutes nos préoccupations...
DIEU
Si au moins nous n’avions pas dépensé notre énergie en vain.
SEBASTIEN
L’homme a changé. Tenez : il compte les années depuis la venue de Jésus. C’est un progrès considérable... Vous ne trouvez pas...? (Dieu ne répond pas) Vous ne trouvez pas.
DIEU
Je préférerais qu’il compte moins et qu’il suive davantage ses préceptes...
SEBASTIEN
Vous avez raison. Il doit y avoir un malentendu. Vous lui demandez d’être bon et il ne voit que la haine autour de lui. Il doit penser que tout ceci n’est qu’un cauchemar que vous auriez fait...
DIEU
Pourquoi ferais-je des cauchemars ? J’ai une très bonne digestion... Et puis, à part l’Homme, tout fonctionne très bien.
SEBASTIEN
C’est vrai. Le soleil brille, les arbres font de l’ombre, les bestioles copulent, les nuages passent.
DIEU
Ah ! Vous voyez bien ! Les montagnes ne se posent pas de problèmes métaphysiques... Est-ce que les moustiques ont des états d’âme ? Est-ce que les mimosas ont des drames de conscience ? Non. Il n’y a que l’Homme qui cloche.
SEBASTIEN
Il faudrait réunir tous les anges. Je suis sûr qu’ensemble, on trouverait une solution.
DIEU
Nous avons tout essayé. Sans résultat. Non, il faut mettre un terme à l’expérience.
SEBASTIEN
Que comptez-vous faire ?
DIEU
Moi ? Rien du tout... Je vais retourner faire la sieste dans mon nuage. Mais avant, Ange Sébastien, je vous charge solennellement de détruire l’Univers.
SEBASTIEN
Quoi ?!
DIEU
Le Chaos me posait moins de problèmes...
SEBASTIEN
Mais il y a des hommes et des femmes qui croient en vous, Seigneur. Laissez-leur le temps de convaincre les autres...
DIEU
Dis-moi un peu depuis combien de temps je leur ai envoyé l’ange Michaël ?
SEBASTIEN
Cela doit faire deux mille ans... Ce n’est pas beaucoup.
DIEU
C’est énorme ! Si, en deux mille ans, ils n’ont pas changé, c’est qu’ils ne changeront jamais. (Un temps) Bon. Je vais me retirer. J’ai besoin de repos. Avant, j’informerai les autres anges de ma décision. Et, surtout, Ange Sébastien, je compte sur vous pour l’appliquer. À la lettre.
SEBASTIEN
C’est une lourde responsabilité...
DIEU
Ce n’est pas vous qui la prenez. C’est moi. Détruire l’Univers est plus facile que le créer.
SEBASTIEN
Plus facile...
DIEU
Allez ! Je compte sur vous. Et n’ayez aucun regret. Nous avons fait tout ce que nous pouvions. À bientôt, Ange Sébastien.
Dieu s’en va avertir les autres anges de sa décision. Sébastien reste seul un moment. Puis Gabriel vient le rejoindre.
GABRIEL
Alors ? Qu’est-ce qu’il t’a dit ?
SEBASTIEN
Rien.
GABRIEL
C’est pas vrai ! Il vient de nous apprendre qu’il avait décidé de détruire l’Univers. Il t’en a sûrement parlé...
SEBASTIEN
Un peu...
GABRIEL
Je trouve ça dommage, moi. Dire qu’on ne parlera plus des étoiles, des planètes, de la Terre, de la verdure, des bestioles, de l’Homme... Ça va nous manquer. L’ange Michaël va retourner au Purgatoire regarder le Chaos... L’ange Iris va se remettre à peindre... L’ange Médard va nous inventer de nouveaux nuages... Et nous, nous reprendrons notre partie de croquet...
SEBASTIEN
Est-ce que tu es capable de garder un secret...?
GABRIEL
Ça dépend lequel.
SEBASTIEN
Dieu ne détruira pas lui-même l’Univers. Il m’a chargé de le faire...
GABRIEL
Toi ?
SEBASTIEN
Exactement. Mais je ne vais pas le faire...
GABRIEL
Tu es fou !
SEBASTIEN
Je ne crois pas, non. Ecoute, j’ai une idée. Puisque Dieu ne veut plus s’occuper de sa Création, nous allons nous en occuper à sa place. Sans qu’il le sache. On va réunir les autres anges, discuter, chercher ensemble une solution... Je suis sûr qu’on trouvera le moyen de rendre l’Homme meilleur.
GABRIEL
On n’y arrivera pas !
SEBASTIEN
On a bien réussi à faire tenir des planètes dans le vide...
GABRIEL
Oui, mais ça, c’est vraiment facile. Et puis, de tout façon, Dieu se rendra bien compte que le Monde existe encore. Et alors là, mon vieux, je ne donne pas cher de notre peau. On sera déchu, comme Lucifer, comme Belzébuth, comme tous les autres. Tu sais ce qu’il en coûte de lui désobéir. Très peu pour moi...!
SEBASTIEN
Il n’en saura rien.
GABRIEL
Il sait toujours tout.
SEBASTIEN
Tu me lâches, alors ... ?
GABRIEL
Non, mais...
Gabriel et Sébastien sont interrompus par l’arrivée de Mercurelle.
MERCURELLE
Hé ! Vous venez ? On a organisé une petite fête pour arroser la destruction de l’Univers ! Vous en faites une tête...!
GABRIEL
On ne va pas sauter de joie !
MERCURELLE
Eh bien, moi, si. Je saute de joie. Je suis ravie. Absolument ravie. Vous ne vous rendez pas compte de tout le travail que j’ai eu ! Toutes les convocations aux réunions, les comptes rendus, les plans, les maquettes, le courrier... Plus toute la comptabilité des mortels ! Il était temps que ça s’arrête. D’ailleurs, tout le monde est content. On va pouvoir enfin souffler un peu... (Un temps) Bon, alors ? Vous venez ?
GABRIEL
Vas-y. On arrive tout de suite...
MERCURELLE
D’accord. Je vous garde une bouteille au frais...
Mercurelle sort de scène.
GABRIEL
On y va ?
SEBASTIEN
Pourquoi faire, puisque je te dis que le Monde existe encore...
GABRIEL
Tu as vu leur réaction... Tu imagines qu’ils vont t’aider à gérer l’Univers ? Obéis à Dieu. C’est le mieux que tu as à faire...
SEBASTIEN
Tu as peut-être raison. Mais...
GABRIEL
C’est Dieu qui a toujours raison. Tu n’y peux rien... Bon. Moi, j’y vais.
SEBASTIEN
J’arrive tout de suite...
Gabriel sort de scène. Sébastien reste seul un moment. Puis la lumière s’éteint.
NOIR

SCENE 26
Au Paradis
SEBASTIEN, GABRIEL, MICHAEL, IRIS, CHARLOTTE, CAPRICIA, MEDARD, NARCISSE, NICODEME, MERCURELLE, DIABLE, SATAN, BELZEBUTH, LUCIFER puis DIEU et enfin EMILIE PLANCHARD

Tous les anges (sauf Médard et Michaël) et tous les diables entrent en scène dans le plus grand désordre. Ils sont tous très excités.
MERCURELLE
Allons ! Un peu de silence ! Asseyez-vous. Je vais chercher le Seigneur...
Elle quitte la scène.
GABRIEL
Je me demande bien ce qu’il a à nous dire. Vous avez une idée ?
SATAN
En tout cas, ça doit être très important pour qu’il nous ait tous réunis...
SEBASTIEN
Il va peut-être nous proposer un tournoi de croquet...
SATAN
Ou un concours de chant...
Ange Médard entre en scène.
MEDARD
La réunion a commencé ?
CHARLOTTE
Non. On attend le Seigneur.
MEDARD
Ah bon ! J’avais peur d’être en retard... Je vous annonce une bonne nouvelle. J’ai inventé un nouveau modèle de nuage...
LES ANGES
Ouais ... !
MEDARD
En ouate synthétique.
LES ANGES
Super ! Fantastique ! Quelle imagination ! (etc...).
Dieu entre enfin en scène, suivi de Mercurelle. Les anges se lèvent.
DIEU
Eh bien, ça me fait plaisir de vous voir aussi joyeux. Asseyez-vous. Tout va bien ?
LES ANGES
Oui.
DIEU
Vous ne vous ennuyez pas ?
LES ANGES
Non !
DIEU
J’en suis ravi ! Figurez-vous que je viens de faire un cauchemar affreux. J’ai rêvé que, pour nous occuper, j’entreprenais de grands travaux dans l’Univers...!
CHARLOTTE
Là où il fait tout noir ?
DIEU
Exactement. Nous inventions le Monde, avec des étoiles, des planètes, de la verdure et des tas de bestioles qui nous donnaient beaucoup de soucis. Notre création était un ratage complet ! Et vous ne devinerez jamais à cause de qui... à cause de toi, Diable.
Les anges éclatent de rire.
DIABLE
De moi ?! On se demande où on va chercher tout ça !
DIEU
Amusant, non ? N’empêche que j’ai très mal dormi. Et je suis content de voir que vous allez tous très bien...
Venant du fond de la salle, Michaël arrive sur scène.
MICHAEL
Salut !
LES ANGES
Salut !
MICHAEL
Seigneur, je viens d’assister à un phénomène extraordinaire. Tout à coup, j’ai vu apparaître dans le Chaos d’énormes boules de feu. Elles ont brillé un instant et puis elles se sont éteintes... C’est incroyable, non ?
DIEU
Quelle coïncidence ! Justement, dans mon rêve, il y avait des planètes qui tournaient autour de grosses boules de feu que j’avais appelées des étoiles...
SEBASTIEN
Etes-vous bien sûr d’avoir rêvé, Seigneur ?
DIEU
J’en suis certain. Le Monde n’a jamais existé que dans mon rêve...
SEBASTIEN
Alors, comment expliquez-vous que Michaël ait vu des étoiles apparaître dans le Chaos ... ?
DIEU
Je ne sais pas, je ne sais pas. (Un temps) Vous croyez que j’ai vraiment créé le Monde ? Sans vous en parler...?
DIABLE
Vous avez rêvé que vous nous en parliez, mais le Monde, lui, a réellement existé. Et puis vous vous êtes réveillé, et tout est rentré dans l’ordre maintenant.
DIEU
C’est impossible ! D’ailleurs, si vous disiez vrai, à l’heure qu’il est, les âmes des mortels débarqueraient au Paradis... Or...
Dieu est interrompu par l’arrivée d’Emilie Planchard.
EMILIE
Bonjour. Je m’appelle Emilie Planchard de Combray-les-deux-Clochers, Loir-et-Cher.
DIEU
Enfer et Damnation !!!
FIN
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La Création du Monde a été écrite en 1981 pour l’atelier théâtre de Créteil dans lequel je jouais.

L’animateur de cet atelier, le comédien Bernard Verlhac, m’avait demandé d’écrire une pièce pour le spectacle de fin d’année parce qu’il ne trouvait pas de pièce permettant à tous les élèves de jouer. Nous étions en effet très nombreux, avec une nette majorité de filles.

Comme les anges n’ont pas de sexe, l’idée me vint de mettre en scène le Paradis et son pendant, l’Enfer... Tout ce petit monde décide de créer le monde à la manière de créatifs d’une agence de publicité, avec dans le personnage de Dieu une sorte de Séguéla céleste...

La pièce met en scène un Dieu inconséquent, qui ne mesurerait pas bien les conséquences de sa création. Il est en quelque sorte un « apprenti sorcier » qui s’acharne ensuite à détruire sa création, en laquelle il ne se reconnaît pas.

Plus tard, en lisant Jung, j’ai lu sous la plume du psychologue l’idée d’un Dieu qui serait inconscient de son ombre. Et cela rejoint assez le Dieu de cette pièce...

© Christian Julia. 1981. 2008.
Reproduction interdite.

L’édition papier de cette pièce de théâtre est disponible aux Editions du Gymnase.

ISBN : 978-2-9531458-1-6.
Dépôt légal : Décembre 2008.

Vous pouvez télécharger la version PDF de cette pièce de théâtre
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