Christian Julia
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L’Affaire Richard Clayton

I

Dans les rues désertes de Sylverstone, un vent lourd et presque malsain soulevait la poussière du sol et la faisait tournoyer un instant dans l’air avant de la laisser retomber mollement sur la chaussée. Les habitants de cette petite ville de Californie, engourdis par l’atmosphère pesante de l’été, somnolaient derrière les volets mi-clos de leurs maisons. Seul un martèlement sourd provenant de l’atelier où Morgan, le maréchal-ferrant, habitué à la fournaise de sa forge, battait le fer avec vigueur troublait l’épais silence qui régnait dans la grand-rue. De temps à autre, des hommes sortaient du saloon, par petits groupes. Les uns rentraient chez eux, les autres partaient au travail, d’un pas traînant, la tête pesante et la gorge brûlée par l’alcool.

Au loin, perdue au milieu de la pleine sauvage, s’étalait la silhouette écrasée du ranch de Stevenson. Plus loin encore, il y avait d’autres ranches mais la brume de chaleur les dérobait au regard.

La quiétude de ce moment de la journée où toute vie semble paralysée et où le temps lui-même paraît s’être immobilisé procurait à John Averton un plaisir indicible qu’il aimait à savourer assis dans le profond fauteuil de cuir de son bureau, près de la fenêtre.

Il avait découvert Sylverstone au cours de son voyage de noces. Il venait d’obtenir son diplôme d’avocat et avait épousé Dorothy Manfield, la sœur d’un de ses compagnons d’études.

L’harmonieux ordonnancement des maisons, la beauté sévère des paysages environnants et la gentillesse des habitants les avaient séduits dès leur arrivée. D’un commun accord, ils avaient décidé de s’y installer et d’y fonder leur foyer, loin de l’agitation des grandes cités.

Jamais, en trente ans de mariage, Averton n’a ressenti le besoin de se rapprocher des lieux vers lesquels sa réussite sociale aurait pu le porter. Dans cette ville tranquille, presque sans histoire, il a construit son bonheur pierre par pierre. Il sait qu’il lui doit d’être devenu aujourd’hui un avocat de grand renom dont la réputation court bien au-delà des frontières de l’État. Nulle part ailleurs il n’aurait trouvé cette sérénité du cœur et de l’esprit qui lui a permis d’asseoir ses plus intimes convictions et de préparer ses plaidoiries.

Son fils William — le seul enfant que lui donna Dorothy — fut très tôt attiré lui aussi par la carrière d’avocat. Tout jeune, lorsque Averton recevait ses confrères, le garçon prêtait une oreille attentive aux conversations et quelquefois y prenait part en posant des questions ou en soulevant des objections dont la pertinence ne laissait pas d’étonner les convives. Plus tard, il se mit à suivre de près les affaires de son père en s’informant du déroulement des procès et de leurs issues.

Averton prit bientôt l’habitude de tester sur lui ses plaidoiries. Installé derrière l’austère bureau de son père, l’adolescent les écoutait avec sérieux, et parfois même gravité, puis rendait son verdict sans la moindre complaisance. Ses sentences étaient d’une telle sévérité qu’Averton finit par les redouter comme si la tête de son client avait été réellement en jeu !

Cet intérêt précoce pour la justice révélait les prémices d’une authentique vocation. Mais Averton n’en prit pas conscience toute de suite. Il lui parut somme toute assez naturel que son fils portât quelque attention à ses activités. Mais lorsque William, à l’âge de dix-huit ans, manifesta ouvertement son intention de devenir avocat, Averton fit tout ce qui était en son pouvoir pour le dissuader de s’engager dans une voie qui ne comblerait pas son attente. Sa soif de justice risquait d’être cruellement déçue par la triste réalité humaine. Son idéalisme allait s’étioler au contact de clients sans morale et sans scrupule dont il lui serait parfois difficile de refuser la défense. Il suffisait de fréquenter un peu les tribunaux et les parloirs de prison pour comprendre que le véritable combat contre l’injustice ne se livrait pas devant une cour pénale, mais dans chaque acte et à chaque instant de la vie.

Aucun de ses arguments ne réussit à infléchir la volonté de William. Il était trop conscient d’appartenir à une nouvelle génération d’hommes bien décidés à faire régner sur l’Ouest nouvellement conquis une loi plus humaine et plus juste, à la mesure de sa prospérité naissante, pour se laisser impressionner par les sermons d’un vieil homme désabusé.

Averton reconnaissait que l’Ouest avait beaucoup changé en trente ans. Son fils ne connaîtrait sans doute jamais les désillusions et la résignation qui pesaient désormais sur son existence. L’avocat avait atteint les sommets de la réussite sans pour autant être devenu plus exigeant et s’il continuait à prostituer son talent pour des politiciens et des affairistes confortablement installés dans le crime et la concussion, il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. Il était le seul responsable des déceptions de sa carrière.

Pour se justifier aux yeux de son fils, il citait parfois l’exemple de certains de ses collègues qui, toute leur vie, avaient su garder l’enthousiasme et l’intransigeance de leur jeunesse ; au nom de leur idéal, ils s’étaient lancés dans la défense de grandes causes. Mais la gloire et la fortune les avaient ignorés.

Sa réputation, il la devait à la confiance que son attitude calme et ses propos mesurés inspiraient à ses clients. Auraient-ils confiés des affaires délicates où de puissants intérêts financiers et politiques étaient impliqués à un avocat en proie aux égarements et aux emportements d’une passion trop juvénile ?
— Tu es jeune, disait-il souvent à son fils pour mettre un terme à une discussion sans fin, mais je suis certain qu’un jour, plus tôt que tu ne le crois, tu me donneras raison.

Et William, imperturbablement, lui répondait :
— Si je refuse les compromissions dont tu t’es toujours satisfait, ce n’est pas parce que je suis jeune, c’est parce que je suis plus exigeant que toi.

II

Depuis quelque temps, l’inaction avait envahi l’existence d’Averton. Il ne plaidait plus que rarement et se ménageait entre deux affaires de longues périodes de repos pour effacer les fatigues de procès de plus en plus difficiles.

Après le déjeuner, Dorothy et William disparaissaient dans leurs chambres et n’en sortaient qu’en fin d’après-midi, lorsque la chaleur devenait plus supportable. Averton, qui ne prenait aucun goût à la sieste — la nuit lui paraissait une concession déjà excessive à l’inconscient — se retirait dans son cabinet de travail, choisissait un livre et s’installait près de la fenêtre.

Sa maison était construite à l’extrémité sud de la grand-rue, de sorte qu’il pouvait suivre de son fauteuil les allées et venues des habitants de Sylverstone. Vers cinq heures, la ville commençait à s’animer timidement ; des fermiers de la région venaient charger leurs chariots devant les magasins généraux ; des cavaliers de passage s’arrêtaient au saloon pour se désaltérer avant de continuer leur route ; des femmes de tous âges, dans leurs amples jupes de drap, trompaient leur ennui en déambulant devant les vitrines sans surprises des boutiques de nouveautés.

Cet après-midi-là, son attention fut attirée par une silhouette qui se profilait au bout de la grand-rue. Il l’identifia aussitôt : c’était celle du postier. On le reconnaissait facilement au léger boitillement — souvenir douloureux du pillage de la poste, le mois précédent — que sa démarche pressée accentuait de façon comique, presque grotesque.

Le postier mit un temps infini à traverser la ville et frappa enfin à la porte d’Averton.
— Bonjour, Maître, dit-il tout essoufflé. J’ai une lettre pour vous. Elle est arrivée par la diligence de ce matin, mais j’ai beaucoup de travail en ce moment. Je n’ai pas pu vous l’apporter plus tôt. Je profite d’un instant de répit.

Et il tendit l’enveloppe à l’avocat.

Il était visiblement très incommodé par la chaleur. Son gilet déboutonné offrait le spectacle répugnant d’une chemise tachée par la transpiration tandis que la sangle jaunâtre de sa visière graisseuse plaquait sur son front luisant les quelques rares cheveux qui lui restaient et que la sueur avait agglutinés en mèches poisseuses.

— Vous prendrez bien un rafraîchissement...? lui proposa Averton.
— Hélas ! répondit le postier en s’essuyant le front avec son mouchoir, vous savez que mon adjoint — ce pauvre Emile... ! — a été tué dans l’attaque du mois dernier. Le retard s’accumule. Il faut que je m’en retourne travailler.

En se déhanchant comme un pantin ridicule, il regagna son bureau où quatre puissants ventilateurs brassaient en permanence l’air chaud de la pièce sans lui apporter la moindre fraîcheur.

Averton le suivit un instant des yeux à travers la fenêtre puis se laissa tomber dans son fauteuil.

La lettre lui était envoyée par un certain Richard Clayton, qu’on accusait d’homicide volontaire sur la personne de Jimmy Pearce. Au cours de l’instruction, Maître Gladstone, à qui il avait confié sa défense, s’était révélé incompétent et il proposait à Averton de prendre sa suite dans une affaire qui, selon ses propres termes, exigeait « doigté et discrétion ».

En quelques mots, il la résumait ainsi : Clayton et Pearce dirigeaient depuis sa création le réseau de chemin de fer le plus important de l’ouest, celui qui reliait Sacramento à la partie occidentale du Pacifique. Réunis à la tête de la compagnie par de vagues liens familiaux, les deux hommes, en fait, ne s’entendaient guère. Sans cesse, de violentes disputes éclataient entre eux, entraînant des brouilles régulières suivies de réconciliations éphémères. La dégradation de leurs relations atteignit un point de non-retour lorsque, chacun de leur côté et à l’insu de l’autre, ils tentèrent de prendre le contrôle d’une compagnie de l’état voisin. Un soir, Pearce convoqua Clayton et lui annonça qu’il était devenu majoritaire dans l’autre compagnie et que, désormais, c’était à lui, et à lui seul, de rester à la tête de l’affaire, étant le mieux placé pour faire prospérer le nouvel empire ferroviaire. Clayton, d’abord surpris par les prétentions de son associé, se ressaisit vite et lui révéla qu’il avait, lui aussi, prit le contrôle de l’autre compagnie. Pour cette même raison, il exigeait son départ.

Loin de dénouer la situation, les stratégies mises au point par les deux hommes l’engagèrent au contraire dans une impasse. Ils se retrouvaient sur un pied d’égalité et il n’y avait aucune raison objective pour que l’un cédât sa place à l’autre. Pour autant, Pearce ne s’avoua pas battu. Il provoqua une nouvelle réunion et proposa à son associé de lui racheter ses parts à un prix dix fois supérieur à leur valeur réelle et de lui verser une confortable rente à vie. Mais Clayton jugea que les sommes offertes étaient dérisoires en regard des profits fabuleux qu’il pouvait escompter d’une réunion des deux compagnies. Et il refusa l’offre.

Le drame a éclaté ce soir-là. Pearce aurait voulu en finir avec un associé aussi peu conciliant ; il l’aurait menacé de son pistolet. Clayton aurait tenté de le désarmer et pendant la courte lutte qui s’ensuivit, un coup serait parti, touchant Pearce mortellement.

Telle était la version de Richard Clayton.

La police, prévenue tout de suite après le drame, conclut à un accident et classa l’affaire. Mais les amis de la victime demandèrent l’ouverture d’une enquête. Selon eux, Clayton, en acceptant une seconde entrevue, alors qu’il n’était pas disposé à la moindre concession, avait l’intention d’abattre son associé en laissant croire à un accident. Au terme de l’enquête, le juge fut convaincu par les arguments des amis de Pearce et Clayton fut accusé de meurtre avec préméditation.

La lettre gardait dans l’ombre bien des points de première importance. Ainsi, le motif de l’inculpation et les circonstances de la dispute ne permettaient pas de comprendre pourquoi Clayton avait dû changer d’avocat en cours de procédure. Certes, une telle pratique n’était pas rare, et Averton ne s’en serait pas étonné s’il n’avait connu les hautes compétences de Gladstone en matière criminelle. Sans doute l’affaire n’était-elle pas aussi simple qu’il y paraissait. La mort de Pearce, banal accident ou crime prémédité, recouvrait certainement une réalité complexe où s’entremêlaient intérêts financiers et rancœurs personnelles.

Averton devait cependant se décider rapidement, sans disposer de plus d’éléments d’appréciation. Le procès se tenait le mois suivant à Spencer City et Clayton désirait être informé le plus tôt possible afin de contacter un autre avocat si Averton renonçait à le défendre.

Au milieu de l’après-midi, lorsque les rayons du soleil devinrent moins ardents, Averton se rendit chez le shérif de la ville dans l’espoir d’obtenir quelques renseignements sur les compagnies de chemin de fer qu’il connaissait mal.

Tout en faisant rouler un bout de cigare éteint entre ses lèvres, l’homme, qui avait participé dans sa jeunesse à la construction du Central Pacific, lui expliqua que les compagnies disposaient de troupes d’hommes de main dont le rôle officiel était d’assurer la protection des ouvriers et des voies contre les tribus d’Indiens, mais qui, en réalité, consacraient l’essentiel de leur activité à des tâches moins avouables.

Certains fermiers, en effet, ne percevaient pas toujours spontanément l’intérêt du passage du chemin de fer sur leurs terres. Lorsque les pourparlers échouaient, les hommes de main intervenaient et exerçaient sur eux toutes sortes de pressions. Ils incendiaient les récoltes, pillaient les granges ou massacraient le bétail. Les fermiers les moins téméraires se soumettaient dès les premières manœuvres d’intimidation. Pour les autres, il était nécessaire d’aller plus loin, jusqu’aux menaces de mort. Ils vendaient alors leurs terres à un prix dérisoire et le chemin de fer progressait ainsi sans détour coûteux.

Selon le shérif, l’affaire Richard Clayton prouvait qu’à l’intérieur même des compagnies naissaient entre les dirigeants de graves conflits qui, eux aussi, se dénouaient dans la violence et le sang. En pareil cas, il se formait au sein des troupes d’hommes de main des clans à la solde de tel ou tel associé.

— Si je peux me permettre de vous donner un conseil, dit enfin le shérif en raccompagnant Averton à la porte de son bureau, prenez toutes dispositions pour assurer votre protection et celle de votre famille. Même si les amis de Pearce savent qu’en tentant quelque chose contre vous, le juge ne manquerait pas de relier l’agression à ce procès, ils peuvent faire pression sur vous en s’en prenant à votre famille. Nous devons penser à tout.

Quand Averton évoqua l’affaire au dîner, Dorothy, toujours inquiète, le supplia d’une voix tremblante de ne pas se lancer dans une entreprise qui mettait sa vie en péril sans aucun profit pour sa carrière.

— À quoi bon braver le danger ? lui demanda-t-elle. Tu es assez connu aujourd’hui pour refuser de plaider dans de telles conditions. As-tu seulement pensé à nous ?
— J’y ai pensé, lui répondit Averton avec vigueur. Je n’ai pas l’habitude de prendre des risques inconsidérément. L’adjoint du shérif viendra s’installer ici dès mon départ. Vous n’avez rien à craindre. Quant à moi, j’aurai un garde du corps tout au long du voyage. De toute façon, toutes ces précautions sont bien inutiles. Je ne crois pas qu’on cherchera à s’en prendre à moi. La justice n’est pas aussi aveugle. En m’abattant à quelques jours du procès, les amis de Pearce commettraient une grave erreur. La signification de ce meurtre n’échapperait pas au juge.

Mais Averton ne paraissait pas lui-même convaincu par ses arguments et ses doutes accrurent encore l’inquiétude de Dorothy. Car, si ses adversaires étaient décidés à se débarrasser de lui, il leur serait facile de le tuer entre Sylverstone et Spencer City sans qu’on ne puisse jamais établir une relation claire entre sa mort sur une route fréquentée par toutes sortes de hors-la-loi et sa participation au procès de Clayton.

William, lui, aborda l’affaire sous l’angle judiciaire. Selon lui, ni Pearce ni Clayton ne devaient être tout à fait innocents et son père ne sortirait pas grandi d’une telle aventure.

— Tu as une fâcheuse tendance à confondre le rôle d’avocat et celui de juge, lui rétorqua son père. La défense d’un accusé ne passe pas par la recherche de la vérité. Peu importe qu’il soit innocent ou coupable. Je dirais même qu’il y a un certain orgueil à arracher l’acquittement d’un homme qui nous a avoué sa culpabilité dans le secret du parloir. C’est dans ces situations difficiles que le métier prend sa véritable dimension.

William ne fut pas sensible à de tels arguments. Dans son esprit, il était clair que son père, en acceptant de défendre une crapule comme Clayton, désirait avant tout étendre sa clientèle à un milieu où sa réputation n’avait pas encore pénétré profondément. Pour plaider en toute sérénité, pour tirer de ses entrailles les forces de la conviction, le jeune avocat avait besoin d’être certain de l’innocence de son client. En cela, sa vision du monde était assez rudimentaire et s’accommodait mal des nuances ou des subtilités de l’âme humaine.

Or, dans l’affaire Clayton, chaque fait, chaque détail rivalisait d’ambiguïté. Ainsi, comment déterminer lequel des deux associés détenait réellement le contrôle de l’autre compagnie ? Là résidait pourtant la clef du drame. Tout crime réclame un mobile. Hélas ! Ce point risquait de ne jamais être éclairci. Pour être maître d’une entreprise, il n’était pas besoin de posséder la majorité des parts. Il suffisait de disposer d’une troupe d’hommes assez nombreuse pour influer sur le vote des actionnaires.

Dans ce contexte, la défense de Richard Clayton ne présentait vraiment aucun intérêt aux yeux de William.

III

Pour mettre un terme à une trop longue inactivité et aussi, peut-être, pour relever le défi qu’on lui lançait (ou qu’il se lançait à lui-même), Averton, après une nuit agitée, chargée de cauchemars et de visions morbides, se rendit tôt dans la matinée à la poste et envoya à Clayton un télégramme lui annonçant qu’il acceptait de le défendre.

Même la lettre anonyme que l’employé de la poste lui remit à son arrivée et dans laquelle on le menaçait de mort s’il participait au procès n’entama pas sa résolution. Pourtant, elle constituait la première preuve des dangers qu’il encourait. Mais son choix était fait.

Il fourra la lettre dans sa poche en se persuadant qu’il ne s’agissait que d’une tentative d’intimidation, dont il saurait se servir au procès. Cependant, par précaution, il adressa un second télégramme, celui-là à son ami journaliste Franck Parker afin de l’avertir de sa décision. S’il lui arrivait quoi que ce soit, Parker saurait utiliser son journal pour alerter l’opinion.

Cette formalité accomplie, il se rendit au ranch de Stevenson.

— Je suis venu vous demander, dit l’avocat au fermier, si, parmi vos hommes, il ne s’en trouverait pas un qui accepterait de me servir de garde du corps jusqu’à Spencer City.
— De garde du corps ! s’étonna le fermier. On en veut donc à votre vie, Maître ?
— Pas le moins du monde ! répondit Averton qui ne tenait pas à donner au fermier les motifs réels de sa démarche. Mais vous savez comme les routes sont peu sûres. Je dois partir dans les plus brefs délais et la diligence ne passe que dans deux jours. Je suis obligé de faire le trajet en voiture et je crains un peu pour ma sécurité.

Stevenson hésita un instant puis dit, en se grattant le front :
— À cette époque de l’année, mon ranch est au plus fort de son activité. J’ai besoin de tous mes hommes.

Il marqua une nouvelle pause. Averton l’avait défendu autrefois dans un différend qui l’opposait à son voisin. Il lui avait toujours promis de lui rendre service à l’occasion. Il ajouta :
— Mais je m’arrangerai. Je vous dois bien ce service, après ce que vous avez fait pour moi. Je vous enverrai quelqu’un au début de l’après-midi.

Averton le remercia et prit congé. Il se rendit ensuite chez le maréchal-ferrant.

— A quelle distance sommes-nous de Spencer City ? demanda-t-il à Morgan.
— En voiture, répondit l’homme, il faut compter quatre bonnes journées, mais un cavalier peut faire la route en moins de trois jours.
— Je vais vous laisser ma voiture ; vous y attellerez vos chevaux les plus vigoureux.
— Comme vous voulez, Maître. Votre attelage sera prêt dans une heure. Je l’amènerai chez vous.

En s’engageant dans le grand-rue, Averton se sentit soudain pris d’une angoisse irrépressible. Comme chaque jour à la même heure, Sylverstone, avec ses rues désertes et ses maisons aux volets clos, ressemblait à une ville morte, désertée par ses habitants.

La veille encore, l’épais silence de la ville, le souffle du vent s’engouffrant dans les rues étroites et le martèlement régulier du maréchal-ferrant étaient pour lui une source d’apaisement. Mais ce jour-là, cette atmosphère fit naître en lui une peur qu’il ne parvint pas à maîtriser. Son cœur se mit à battre violemment contre sa poitrine, le sol parut se dérober sous ses pas et un voile recouvrit ses yeux. Derrière chaque fenêtre, il lui semblait qu’un homme était là qui l’épiait, un fusil à la main, guettant le moment propice pour l’abattre en toute impunité. Et il entendait déjà la détonation de l’arme se répercuter en échos sourds sur les façades des maisons.

Les amis de Pearce avaient-ils déjà intercepté son télégramme ? Avaient-ils décidé de mettre aussitôt leurs menaces à exécution ? Désormais, le moindre regard, le moindre geste, la moindre silhouette allaient lui paraître une menace. Et son âme ne retrouverait la paix qu’à l’issue du procès, ou dans la mort.

Il s’avisa bientôt qu’en marchant au milieu de la chaussée, il faisait une cible parfaite pour le plus maladroit des tireurs et gagna le trottoir, à l’abri des arcades. Tout à coup, quelqu’un derrière lui l’appela. Il s’arrêta net, paralysé par la peur, incapable de se retourner ou de fuir.

— Maître ! Maître ! répéta l’homme, vous avez pu trouver un garde du corps ?

Averton reconnut la voix du shérif et se sentit soulagé.

— Oui. Je viens de chez Stevenson. Il m’enverra un de ses hommes au début de l’après-midi.
— Parfait, je suis plus rassuré pour vous. Je préfère savoir que vous ne ferez pas la route tout seul. L’essentiel est que vous parveniez sain et sauf à Spencer City. Là-bas, vous ne risquerez plus rien. Partez tranquille, je me charge de protéger votre famille.

Au début de l’après-midi, un visiteur attendu se présenta au domicile de l’avocat.

— Je m’appelle Mark Atson, dit-il. Je travaille au ranch de Stevenson. Voici la lettre qu’il m’a demandé de vous remettre.

Sur le seuil de la porte, vêtu à la manière des cow-boys, se tenait un homme plutôt jeune, aux cheveux bruns et aux yeux sombres. Averton le fit entrer dans son bureau et lut la lettre du fermier :

« Cher Maître, Je vous envoie, comme convenu, un de mes employés. Il s’appelle Mark Atson. Il me paraît être l’homme le plus apte à remplir la mission que vous lui confierez. Ses qualités de cavalier et de tireur en font un garde du corps de tout premier ordre. D’ailleurs, avant d’assurer chez moi la surveillance du bétail, il était chargé de la protection du banquier Mortimer. Je réponds de lui comme de moi-même. Bien à vous, Terrance Stevenson ».

Averton mit rapidement l’homme au courant de l’affaire et lui tendit la lettre qu’il avait reçue le matin.

— On cherche à vous impressionner, dit Mark après l’avoir lue attentivement. Nous devons faire face à toutes les éventualités. Est-ce que vous avez de la famille ici ?
— Oui, ma femme et mon fils. Le shérif m’a promis d’exercer une surveillance sur la maison.
— Bien. Avez-vous de bons chevaux ?
— Excellents. Le voyage ne devrait pas prendre plus de quatre jours.
— Quatre jours ? À cheval ?
— Nous faisons le voyage en voiture.
— C’est une mauvaise solution. Si nous sommes attaqués, nous n’aurons aucune chance de fuir.
— Peut-être. Mais nous ferons quand même le voyage en voiture. J’ai eu un accident dans ma jeunesse. Une chute. Je ne suis pas près de remonter à cheval.
— Malheureusement, il le faudra bien, Maître. Sinon, je ne pourrai pas garantir votre sécurité.
— Si ma mémoire est bonne, le banquier Mortimer ne montait pas à cheval, lui non plus.
— Exact. C’est pour cette raison qu’il est mort.
— De toute façon, nous n’avons pas assez de temps devant nous pour que j’apprenne à monter à cheval avant mon départ.
— Avant, non, mais après, nous avons tout le temps. Nous partirons en voiture et nous nous arrêterons dans un endroit bien protégé que je connais. Je vous montrerai comment tenir sur une selle et nous continuerons la route à cheval.

Averton dut s’incliner.

Les deux hommes se mirent ensuite d’accord sur les conditions financières de l’opération. Averton proposa à Mark de lui verser la totalité de sa prime à Spencer City. L’homme accepta.

Dès que le maréchal-ferrant eut amené la voiture, Mark chargea les bagages et prit les rênes. Averton embrassa sa femme et son fils et s’installa à côté du cow-boy. Dorothy fit une dernière tentative pour convaincre son mari de renoncer, mais elle n’y réussit pas.

Jamais départ ne lui fut plus douloureux. La mort l’attendait peut-être quelque part sur la route de Spencer City. Mais rien désormais, pas même les yeux rougis de sa femme, ne pouvait le faire revenir sur sa décision. Le télégramme était envoyé. Il ne lui restait plus qu’à marcher vers son destin en priant le Ciel de le protéger et de protéger sa famille.

Tandis que la voiture traversait Sylverstone à train d’enfer, il remerciait intérieurement le fermier de lui avoir choisi un garde du corps à l’abord aussi aimable. Il n’aurait pas supporté la compagnie forcée d’un de ces cow-boys grossiers et brutaux qui font l’abomination de l’Ouest. D’emblée, Mark avait fait sur lui une impression très favorable. La fréquentation des gardiens de troupeaux n’avait pas altéré l’excellente éducation qu’il avait dû recevoir. Il s’exprimait correctement, avec cependant un léger accent qui trahissait son appartenance au peuple.

En fait, dans ce garçon aux origines rudes, mais aux manières civilisées, seule la force de caractère était en accord avec l’impression de solidité qui se dégageait de sa personne. Dans le sourire presque enfantin qui venait parfois atténuer la rudesse des traits de ce garçon, Averton avait immédiatement perçu toute l’ambiguïté de celui que le sort lui avait désigné comme ange gardien.

Bientôt Sylverstone ne fut plus qu’un point à l’horizon.

IV

Vers la fin de la journée, les deux hommes décidèrent de marquer une pause. La traversée de la plaine avait été particulièrement pénible et ils ressentaient, comme leurs chevaux, le besoin de se reposer.

La montagne qui barrait leur route et qui s’étendait jusqu’à l’horizon, de part et d’autre du cañon, présentait à l’endroit où ils s’étaient arrêtés une sorte de cavité dissimulée derrière un énorme rocher.

Mark, qui connaissait bien ce lieu pour y avoir bivouaqué souvent, jugea que c’était là une cachette idéale pour passer la nuit sans risquer d’être surpris en plein sommeil.

Et c’est dans ce renfoncement de la montagne, à l’abri des regards d’éventuels poursuivants, que Mark entreprit de gagner son pari : amener l’avocat à vaincre sa peur du cheval.

La leçon improvisée dura plus de deux heures. Mark se révéla un professeur inflexible et Averton, un élève bien peu doué. Tantôt il ne réussissait pas à enfourcher la selle, tantôt, lorsqu’il y parvenait, il ne contrôlait plus l’animal et se retrouvait à terre sans avoir pu exercer la moindre autorité sur lui. Il se serait certainement brisé les reins ou fracassé le crâne si Mark, déployant toute son agilité, ne l’avait accueilli dans ses bras pour amortir ses chutes.

Avec beaucoup de courage, Averton essayait de contenir les douleurs qui cinglaient ses muscles. Ces exercices n’étaient vraiment plus de son âge. Il les exécutait néanmoins avec ténacité et application, persuadé qu’il finirait bien par triompher de sa maladresse.

Mark, quant à lui, s’efforçait d’étouffer les folles envies de rire qui le prenaient chaque fois que l’avocat chutait ou se ridiculisait. Il mettait un point d’honneur à mener à bien son entreprise et se montrait d’une extrême patience. Il encourageait son élève, le guidait, l’aidait quelquefois à monter en selle, le suivait des yeux dans ses évolutions terrestres ou aériennes et tentait de prévoir l’endroit de sa chute.

Aux premiers feux de la nuit, ses efforts reçurent leur juste récompense. Averton eut enfin raison, non pas de l’animal (un enfant en serait venu à bout), mais de ses propres appréhensions. Certes, son style manquait d’élégance. Juché sur sa monture, il n’avait pas l’aisance de son garde du corps. Mais, en la circonstance, l’efficacité importait plus que le style !

Ah ! S’il avait eu Mark comme professeur dans son enfance ! Il n’aurait pas hésité à remonter à cheval après sa chute. Mieux, cette chute n’aurait pas eu les graves conséquences qui ont marqué toute sa vie. Sans doute même ne se serait-elle jamais produite.

Épuisé par les fatigues du voyage et par la leçon d’équitation, Averton s’endormit sitôt allongé.

Il ne fut pas organisé de tour de garde. Mark était habitué par son métier à ne dormir que d’un œil, son fusil près de lui. Il prétendait avoir l’ouïe si fine que le craquement d’une allumette à cent mètres le réveillait. Surtout, dans tous les bruits de la nuit, il savait distinguer avec une précision jamais défaillante ceux qui constituaient une menace.

Au milieu de la nuit, Mark se rendit compte que l’avocat risquait de prendre froid. Il étendit sur lui une de ses couvertures en prenant garde de ne pas le réveiller. Dans sa demi-inconscience, Averton s’en aperçut, mais ses facultés étaient trop endormies pour que l’amabilité de ce geste l’étonnât.

Quand il ouvrit les yeux, le lendemain, Averton découvrit que Mark avait allumé un feu et réchauffait du café. Il but d’un trait la tasse de liquide brûlant et tenta d’oublier les violentes douleurs au dos qui avaient rendu son réveil si douloureux.

Sans perdre de temps, les deux hommes quittèrent leur bivouac dans la fraîcheur du petit matin.

Averton ne regretta pas longtemps le confort de sa voiture. Il se sentait parfaitement à l’aise sur son cheval et éprouvait même une agréable sensation de liberté. Mais il n’était pas certain, en cas d’attaque, de garder le contrôle de l’animal lancé au grand galop !

Tout en cheminant, il s’étonnait qu’à cinquante ans, un âge où chacun — lui plus que tout autre — aspire au repos et à la tranquillité, il se mette à dormir à la belle étoile et à voyager dans les pires conditions, à l’écart des routes fréquentées, en compagnie d’un homme qui aurait pu être son fils et qui, pourtant, semblait tout connaître de la vie et de ses secrets. Oui, vraiment, l’Ouest avait donné naissance à une nouvelle race d’hommes qui lui garantissait l’avenir le plus brillant.

Très calme en apparence, Mark était en réalité tendu, prêt à libérer toutes les ressources de son habileté et de son intelligence à la moindre occasion. Il avait le regard vif, mobile, l’oreille attentive à tous les bruits. Parfois, il se dressait sur sa selle et balayait des yeux l’horizon pour s’assurer qu’on ne les suivait pas.

Averton le surveillait du coin de l’œil, cherchant à lire dans le plus infime changement d’attitude l’avertissement d’un danger. Mark accomplissait son travail avec une conscience qui ne laissait pas de surprendre Averton. Se pouvait-il qu’un homme accepte de sacrifier sa vie pour sauver celle d’un étranger sans autre raison que l’argent ? Il fallait être bien sûr de soi, ou avoir déjà tout perdu, pour accepter une telle mission.

À ses côtés, l’avocat se sentait rassuré. Il ne redoutait plus rien, ses angoisses l’avaient abandonné. Son voyage n’aurait sans doute été qu’une promenade inattendue, et son âme aurait apprécié les délices de la sérénité, si les mille attentions de Mark à son égard, le zèle dont il avait fait preuve jusqu’alors pour prévenir ses moindres besoins et son extrême prudence ne lui étaient tout à coup apparus suspects. Une pensée effroyable vint en effet traverser son esprit : il faisait peut-être route avec un homme payé par Pearce pour le tuer ! Son amabilité, sa patience, sa bienveillance, tout cela n’était sans doute destiné qu’à endormir sa méfiance. En plein désert, à des kilomètres de toute vie humaine, Mark pouvait l’assassiner impunément. Qui irait l’accuser ?

Averton sentit couler sur son front un flot de sueur. Son cœur se mit à palpiter. Son esprit vacilla et bascula dans un gouffre sans fond. Le doute s’emparait soudain de lui. Comme après un long rêve auquel on a trop cru, sa raison s’effondra. Il se rendit compte qu’il s’était conduit avec stupidité et inconscience. Mark l’avait si fortement impressionné, dès le premier contact, qu’il n’avait pas songé à vérifier s’il était réellement l’homme envoyé par Stevenson. Une telle imprudence risquait de lui coûter la vie.

Lorsque le soleil passa à son zénith, les deux hommes avaient achevé la traversée d’une vaste prairie sans fantaisie et avançaient depuis maintenant une heure dans une région plus verdoyante, plus vallonnée.

Mark avisa bientôt une forêt où il n’aurait aucun mal à trouver de quoi assurer le déjeuner, tant le gibier y était abondant. Il attacha son cheval à un arbre et y pénétra à pied, suivi d’Averton.

Il tenait son fusil à la main et marchait avec précaution, silencieusement, l’œil aux aguets. Soudain, il s’arrêta net, épaula, visa entre deux buissons et appuya sur la détente, tuant d’une seule balle un chevreuil qui se désaltérait dans un ruisseau.

Averton fut stupéfait par la rapidité et la précision du tir. Son garde du corps avait décidément toutes les qualités. Et il s’en serait réjoui s’il n’avait vu dans ces qualités autant de menaces contre sa vie.

Mark porta l’animal jusqu’à une clairière où il alluma un feu avec des branchages que l’avocat avait ramassés à sa demande. Tout en déchirant à belles dents la chair du chevreuil, Averton tentait de se rassurer. Pour un peu, il était prêt à accuser la chaleur et la fatigue d’avoir fait naître dans son esprit d’aussi funestes idées. Il ne parvenait pas à imaginer que le sourire de son compagnon dissimulait un double jeu. S’il avait pour mission de le tuer, pourquoi ne l’avait-il pas déjà fait ? Ce n’était pas les occasions qui lui avaient manqué depuis leur départ.

Malgré tout, il décida de profiter du déjeuner pour amener Mark à parler de son travail au ranch.

Le cow-boy répondit à sa curiosité avec naturel, sans détails superflus. Il évoqua la surveillance des troupeaux, leur protection contre les convoitises, les longues nuits de veille, les mille bruits de l’obscurité, la beauté tragique du crépuscule et le spectacle sublime de l’aube. Puis il resta un moment silencieux, comme s’il se lançait dans une réflexion intérieure. Son regard se noya dans le gobelet de café qu’il faisait tourner entre ses mains.

Enfin, en redressant la tête, il dit :
— Je vois que vous n’avez pas totalement confiance en moi. Vous vous demandez si je suis réellement un employé de Stevenson.
— Pas du tout, se défendit Averton. Je cherche seulement à mieux vous connaître. Cela me paraît naturel.
— J’ai été le garde du corps de Mortimer pendant deux ans. Jamais il ne m’a posé de questions... Il me payait, c’était tout.
— Un banquier qui ne pose pas de questions, c’est plutôt rassurant, non ?... Ne prenez pas ma curiosité pour de la méfiance. Comment voulez-vous que je ne m’intéresse pas à vous ? Nous passons ensemble tous les moments de la journée.
— Je ne vous en veux pas, poursuivit Mark, comme si les explications de l’avocat ne l’avaient pas convaincu. Vous avez raison de vous interroger. Malheureusement, je n’ai aucun moyen de vous apporter la preuve que vous semblez chercher. J’aurais beau vous parler de Stevenson ou du ranch, cela ne servirait à rien. Vous pouvez en faire autant. Vous auriez dû y penser plus tôt, nous serions passés au ranch avant de partir. Maintenant, il est trop tard. Vous devez me faire confiance. À moins que vous ne connaissiez un détail que seul un employé de Stevenson pourrait connaître...
— Je n’en connais aucun, lâcha l’avocat, vaincu.

Mark baissa de nouveau la tête puis la redressa et sourit à l’avocat. Celui-ci lui rendit presque instinctivement son sourire. Le cynisme de l’homme avait quelque chose de terrifiant. Mais il ne voulut y voir qu’un avertissement amical, une manière de lui faire remarquer qu’il avait agi à la légère en négligeant une précaution essentielle. Même si, tout au long de sa carrière, il avait côtoyé des meurtriers aux visages criant d’innocence, une sorte d’intuition vague, mêlée de sympathie naissante, l’empêchait de douter vraiment de la loyauté de Mark.

Leur déjeuner terminé, les deux hommes reprirent leur route.

Au bout de quelques heures, la chaleur fut telle qu’Averton dut retirer sa veste et son gilet. La forêt n’avait été qu’une oasis de fraîcheur, presque un mirage, au milieu du désert qu’ils traversaient. Averton avait la gorge desséchée. Ses lèvres devenaient douloureuses. La tête penchée, il somnolait un peu et se laissait guider par son cheval.

Mark semblait supporter sans dommage ces pénibles conditions de voyage. Sa résistance paraissait sans limites. Bien droit sur sa selle, les yeux protégés par les larges bords de son chapeau, il lançait de rapides coups d’œil dans toutes les directions, cherchant à percer le voile opaque qui brouillait l’horizon. Parfois, il mettait un pied à terre pour alléger l’animal, puis plaquait son oreille au sol, à la manière des Indiens, pour entendre l’éventuel galop d’un cavalier lointain.

Était-il à l’affût de l’ennemi ou guettait-il l’arrivée de ses comparses ?

Lentement, irrésistiblement, le doute s’insinuait dans l’esprit d’Averton, réduisant en poussière ses plus fragiles certitudes. Devant ses yeux, en permanence, l’image de l’assassin attendant le moment propice pour commettre son forfait alternait avec celle du garçon au sourire trop franc. Assailli par une foule de questions, il se lançait dans les plus folles conjectures. Mais il parvenait toujours à cette même conclusion : de toute façon, il ne pouvait plus rien faire, son destin était irrémédiablement lié aux intentions de son compagnon de route.

Après plusieurs kilomètres, les deux hommes approchèrent d’une rivière bordée d’arbres au feuillage luxuriant.

Tandis que les chevaux se désaltéraient, Averton, assis au pied d’un arbre, près de la rive, observait Mark. L’homme avait les pieds dans l’eau, jusqu’aux mollets, et s’aspergeait vigoureusement la poitrine. Mais, tout en rafraîchissant son corps avec une apparente innocence, il continuait à scruter les alentours.

Parfois, l’avocat songeait à renoncer aux doutes qui l’assaillaient et à remettre son sort entre les mains de Mark. Peu à peu, il s’habituait à la mort. D’abord terrifié à cette idée, il avait fini par se dire qu’elle pouvait le frapper maintenant, il n’aurait aucun regret. Il avait accompli tous ses rêves. Il n’avait plus rien à prouver à personne. Cependant, il pensait à sa femme et à son fils, et l’envie de vivre le reprenait.

Mark sortit de l’eau et entreprit de raser sa barbe de deux jours. Averton en profita pour aller se rafraîchir à son tour dans la rivière. Puis l’avocat s’allongea sous un arbre. La fatigue et la chaleur eurent vite raison de sa méfiance et il s’endormit. Ses rêves l’emportèrent dans les régions colorées d’un univers flottant et indécis où des êtres multiformes s’arrachaient les dépouilles de son âme désagrégée.

Le bruissement du feuillage, mêlé au joyeux vacarme des oiseaux et au murmure monotone de la rivière, frappa soudain ses oreilles et il se réveilla. Il s’en voulut d’avoir dormi près d’une heure. Sa hâte d’arriver à Spencer City l’incitait à écourter tous les arrêts, et même, si possible, à les éviter. Cependant, ils étaient indispensables.

Mark lui tendit les rênes de son cheval et l’aida à se remettre en selle. Les deux voyageurs passèrent la rivière à gué et rattrapèrent le temps perdu en se lançant au galop sur la piste malcommode qui conduisait à Bermyntown. Comme prévu, ils y arrivèrent le soir même et y passèrent la nuit. Leur plan de route était respecté.

Mark restait ordinairement silencieux. L’habitude des longues solitudes, mais également le souci de ne pas distraire son attention. Pourtant, vers la fin de l’après-midi, il se mit spontanément à parler de sa vie.

Avec nostalgie, il évoqua les années où il avait été le garde du corps de Mortimer. Il expliqua comment il avait déjoué un à un les pièges tendus au banquier jusqu’au dernier qui, hélas ! lui fut fatal. En revanche, il se montra très discret sur les raisons qui l’avaient poussé à garder des troupeaux dans les plaines désolées de la Californie.

Le souvenir des années passées sur les routes à vivre au jour le jour, libre de dormir où il voulait, quand il voulait et comme il voulait, restait très vivace en lui. S’il avait accepté de servir de garde du corps à l’avocat, c’était un peu pour renouer, l’espace de quelques jours, avec cette vie d’errance qu’il appréciait.

Averton se demanda pourquoi son compagnon devenait soudain si loquace. Cherchait-il à le rassurer ? Un homme qui parle n’est jamais dangereux. Il tenta de déceler dans son regard — qui pouvait être aussi bien celui d’un ange que celui d’un démon — le plus petit indice qui aurait pu l’éclairer sur ses véritables intentions, mais en vain.

Puisque l’heure paraissait aux confidences, l’avocat se mit également à parler de lui, de ses conflits perpétuels avec son fils. Par diplomatie instinctive, Mark parvint à approuver les théories du jeune William sur la justice et sur la naissance d’un nouveau monde sans jamais contredire Avorton, allant même jusqu’à le convaincre qu’au fond, le père et le fils étaient du même avis.

Bientôt Averton soudain se tut : la ville de Bermyntown était en vue. Il fallait redoubler de vigilance.

V

Depuis leur départ, ils n’avaient rencontré personne sur leur route. Il est vrai qu’ils s’étaient écartés des chemins habituels. Quelquefois, un cavalier ou une caravane était passé au loin, mais sans les inquiéter. Les amis de Pearce avaient-ils été surpris par la rapidité de la décision d’Averton ? Monter un assassinat qui ait toutes les apparences d’un accident demandait une préparation minutieuse. Une telle opération, à quelques jours du procès, ne s’improvisait pas.

Parfois, Averton tirait un certain orgueil de la situation. Elle prouvait qu’on redoutait ses talents d’avocat. Mais pour sa femme, pour son fils aussi, sans doute aurait-il aimé une preuve moins périlleuse de ses compétences ! Cependant, la crainte qu’il inspirait l’honorait, même si elle mettait sa vie en danger.

Son incertitude sur Mark l’amenait parfois à souhaiter presque une attaque de ses ennemis, un incident qui pousserait son garde du corps à révéler son vrai visage. Car le doute le torturait davantage que la peur. Mais n’avait-il pas tort d’attendre l’arrivée d’un meurtrier qui se trouvait sans doute à côté de lui ? Jamais auparavant son intuition ne l’avait trompé. Jamais, il n’avait accordé sa confiance à tort. Il refusait l’idée qu’il ait pu se laisser abuser par un sourire trop aimable ou un regard trop franc. Toutes les attentions de Mark à son égard étaient-elles réellement les instruments d’une superbe duperie ?

— Voici Bermyntown, annonça le garde du corps en montrant une bande grisâtre qui barrait l’horizon en feu. Jusqu’à présent, nous avons pu prévenir le moindre danger. Maintenant, dans une ville, nous allons être plus vulnérables. Chaque passant peut être un ami de Pearce. Il faut redoubler de prudence.
— Si nous courons ici plus de risque, pourquoi nous y arrêtons-nous ?
— Il faut bien changer les chevaux. De toute façon, pour éviter Bermyntown, il nous aurait fallu faire un détour de plusieurs dizaines de kilomètres et il nous aurait été impossible de trouver dans ce désert un endroit où passer la nuit en toute sécurité. Et je pense que dormir dans un lit ne vous déplaira pas.

Les deux hommes contournèrent le centre de la ville en empruntant les petites rues des quartiers périphériques puis s’engagèrent dans l’artère principale, afin de laisser croire qu’ils venaient de Spencer City.

Ils gagnèrent rapidement le seul hôtel convenable et s’y inscrivirent sous une fausse identité. Pour tout le monde ou presque, Averton était un riche fermier allant acheter quelques têtes de bétail avec son contremaître. Du moins, c’est ainsi qu’ils se présentèrent. Mark donna à cette fable un surcroît de vérité en poussant le zèle jusque demander au réceptionniste à quelle distance se trouvait Sylverstone. Certes, l’arrivée de deux étrangers ne pouvait passer inaperçue aux yeux des amis de Pearce. Mais ceux-ci ne les attendaient que le lendemain. En effet, en coupant par la montagne, ils avaient pris une journée d’avance.

Quand il monta l’escalier, Averton ne remarqua pas l’homme qui quittait son fauteuil pour aller parler au réceptionniste. Mais les nouveaux venus n’étaient sans doute pas l’objet de sa curiosité.

Les chambres des deux voyageurs, confortables mais sans luxe, communiquaient entre elles et disposaient chacune d’un cabinet de toilette.

Averton se fit couler un bain chaud puis dénoua sa cravate et s’écroula dans l’unique fauteuil en poussant un soupir qui en disait long sur sa fatigue. Quand le bain fut prêt, il s’enferma dans le cabinet de toilette et entra dans l’eau lentement, comme pour laisser à tout son corps le temps de savourer le délicieux contact de l’eau tiède.

Il y demeura un long moment sans parvenir à se détendre pleinement. Parfois, Mark venait frapper à la porte pour s’assurer qu’il n’avait aucun problème. Cela rassura l’avocat. Pourtant, en sortant du cabinet de toilette, il eut la surprise de voir un dîner posé sur la table de sa chambre. Comme il n’avait entendu aucune conversation, il en déduisit que Mark était descendu le commander. Le garde du corps n’avait donc pas craint de laisser l’avocat seul un moment. Certes, la porte du cabinet était verrouillée de l’intérieur, mais aurait-elle résisté à une forte pression ?

Mark engloutit son repas en silence, avec la concentration qu’il semblait mettre dans tous ses actes.

— Si cela ne vous dérange pas, Maître, dit Mark à la fin du dîner, je dormirai ici, dans ce fauteuil. On ne sait jamais. Les amis de Pearce peuvent tenter quelque chose cette nuit. Mieux vaut que je reste près de vous. À moins que vous n’y voyiez un inconvénient.
— Aucun, répondit Averton.

Il aurait pourtant souhaité passer la nuit seul. Certes, la nuit dernière, Il avait dormi à ses côtés sans que rien ne lui arrivât. Mais cet hôtel lui paraissait l’endroit idéal pour commettre un crime en toute impunité. Il imaginait déjà Mark, après son forfait, courant en tous sens dans les couloirs de l’hôtel à la recherche du directeur, réveillant les clients, se lançant à la poursuite d’un criminel fantôme qu’il prétendrait avoir vu s’enfuir par la ruelle de derrière.

Malgré la fatigue et le confort retrouvé d’un lit douillet, Averton ne parvint pas à trouver le sommeil. Traversé par mille appréhensions, son esprit resta constamment en éveil, à l’écoute des moindres bruits de l’hôtel, et aussi il songea aux grandes lignes de sa plaidoirie. L’épuisement eut cependant raison de ses préoccupations et il s’endormit aux premières heures du matin.

À son réveil, il vit Mark debout au pied de son lit, prêt à partir. Tout lui revint alors en mémoire : le procès de Clayton, les menaces de mort, l’ambiguïté de son compagnon de route et l’étape dans la ville de Bermyntown.

Il aurait préféré assister au réveil de Mark, persuadé que pendant ce bref instant où l’âme revient toute décontenancée de son long voyage au pays des rêves, le garçon lui aurait révélé le secret de sa nature. Hélas, Mark lui apparut tel qu’il l’avait toujours vu : terriblement rassurant. Mais l’essentiel n’était-il pas qu’il soit encore en vie ?

Ainsi les amis de Pearce n’avaient pas profité de sa présence l’hôtel pour le tuer. Il était clair pour l’avocat qu’ils attendaient qu’il ait repris sa route pour mieux déguiser leur meurtre en accident.

Il aurait aimé contacter sa famille pour s’assurer qu’elle n’avait aucun problème à Sylverstone. Hélas ! Il dut se résigner à rester dans l’incertitude. Une telle imprudence risquait d’éveiller des soupçons.

VI

Après avoir changé leurs chevaux, les deux hommes quittèrent la ville par le sud puis contournèrent de nouveau le centre par les faubourgs et reprirent la direction de Spencer City.

À plusieurs reprises, la veille, Averton avait eu envie de fuir Mark, d’échapper à sa surveillance et d’aller chercher le secours de la police. Parfois aussi, l’envie de le tuer l’avait pris, comme pour chasser un démon qui l’obsédait. Mais, ce faisant, il eût couru à sa perte et il y avait renoncé. Les nécessités le contraignaient à accorder sa confiance au garçon. Il était condamné à faire route avec lui jusqu’au bout, sans espoir de se soustraire à son emprise.

Cela faisait à peine une heure qu’ils galopaient, profitant de la vigueur de leurs nouveaux chevaux et de la fraîcheur matinale, lorsque l’événement tant espéré par Averton se produisit enfin.

Soudain, au sommet d’une colline, surgit une petite troupe de six cavaliers. Ils se mirent à pousser des cris et à tirer des coups de feu en l’air au rythme de leurs vociférations. La certitude qu’il allait enfin connaître la vérité, peut-être à l’heure même de sa mort, créa en lui un immense soulagement, en même temps qu’un terrible malaise.

Mark réagit immédiatement. Il sauta à terre et entraîna l’avocat derrière des rochers tandis que les cavaliers se mettaient eux aussi à l’abri et commençaient à faire feu sur eux.

Averton était paralysé par la peur. L’espace vacillait autour de lui, sa raison fuyait, ses réflexes le lâchaient. À l’instant où Mark allait lui apparaître sous son véritable jour, il s’abandonnait totalement à son destin, convaincu que ses efforts seraient vains face aux forces qui s’opposaient à lui. Il se laissa aller à la dérive comme si, tout à coup, il était devenu le spectateur de sa propre mort. La certitude de son impuissance l’envahissait et le rendait incapable de la moindre réaction. Il lui paraissait illusoire de chercher à influer sur les événements. Il sentait sa vie lui échapper. Il allait mourir. Il ne vivait déjà plus.

Mark le secoua de toutes ses forces pour l’obliger à sortir son revolver et à se défendre. Il hurla : « Tirez, bon Dieu ! Tirez ! Mais tirez donc ! ». L’avocat lui obéit, mais son trouble était tel que son doigt resta crispé sur la détente. Dans un effort surhumain, il la pressa enfin et toucha un de ses agresseurs. Mark, de son côté, avait déjà fait mouche deux fois.

Déroutés par une telle résistance, les cavaliers renoncèrent à poursuivre l’attaque. Ils remontèrent sur leurs chevaux et s’enfuirent aussi vite qu’ils étaient arrivés.

À bout de nerfs, Averton s’effondra. Jamais sa résistance nerveuse n’avait été mise à aussi rude épreuve. Quand il reprit ses esprits, il constata que Mark avait été atteint au bras. Il voulut examiner la gravité de la plaie, mais le garçon s’y opposa et se contenta d’entourer la blessure avec son foulard.

Cet incident, qu’Averton avait fini par attendre avec impatience, ne parvint pas à dissiper ses doutes. Quand on sait le prix que les amis de Pearce attachaient à la disparition de l’avocat, il paraissait pour le moins surprenant que les cavaliers aient battu en retraite si vite. Et pourquoi Mark avait-il refusé de montrer sa blessure ?

Peu à peu, Averton acquit la conviction que l’agression avait été feinte : fausses balles, fausses blessures, faux danger. Mais pourquoi ? Sans doute était-ce un avertissement lancé à Mark pour lui rappeler qu’il avait mission d’abattre l’avocat et qu’il était urgent de passer à l’acte. Ou pour le prévenir qu’une seconde attaque, de plus grande envergure, se préparait plus loin. Et si Mark, au risque de représailles, avait renoncé à commettre son crime ? S’il lui était soudain paru inconcevable d’abattre froidement un homme qui lui avait témoigné une certaine considération ? La seconde attaque n’a pas eu lieu.

Le soir même, Averton arriva à Spencer City, sain et sauf. Il se rendit aussitôt chez le shérif de la ville pour se placer sous sa protection. Escorté par deux hommes armés, il gagna ensuite le domicile de son ami Parker, le journaliste judiciaire, qui fut surpris de le voir arriver un jour plus tôt que prévu. Averton lui raconta brièvement comment s’était déroulé son voyage et lui demanda de lui avancer la somme nécessaire pour payer la prime de Mark.

— Si vous le désirez, dit le garde du corps à l’avocat, je peux assurer votre protection pendant la durée du procès. Il suffit de prévenir Stevenson
— Cela me paraît inutile. Il a certainement besoin de vous. Et la police de la ville veille maintenant sur moi. Je vous demande seulement de récupérer ma voiture que nous avons laissée dans la montagne.

En tout autre circonstance, Averton aurait accepté l’offre de Mark. Mais il s’était trop posé de questions à son sujet pour prolonger l’inquiétude qui l’avait accompagné tout au long du voyage.

— Tenez, lui dit-il en lui tendant l’enveloppe. Voici votre prime. Je vous suis très reconnaissant de ce que vous avez fait pour moi. Je souhaite que votre blessure guérisse vite.

Et il lui serra cordialement la main.

Cependant, en le voyant s’éloigner, il regretta la sécheresse de ses propos. Après tout, Mark avait risqué sa vie pour lui et il le congédiait sans plus de forme, comme on remercie un domestique indélicat.

Le procès eut lieu le mois suivant. L’éloquence et la force de persuasion d’Averton impressionnèrent le jury qui, faute de preuve formelle et convaincante, acquitta Richard Clayton.

En prenant connaissance du dossier, l’avocat avait vite compris qu’il lui serait impossible de prouver l’innocence de son client. Maître Gladstone, le premier défenseur de Clayton, était certes très compétent en matière criminelle, mais il avait commis l’erreur de chercher des preuves qui ne pouvaient exister. Averton adopta une tout autre tactique. Sa plaidoirie consista à introduire le doute dans l’esprit des jurés en démontrant que la culpabilité de l’accusé ne reposait sur rien de précis.

Richard Clayton put reprendre la direction de la compagnie et étendre son empire ferroviaire sur l’état voisin.

VII

Quelque temps après le procès, tout auréolé de ce nouveau succès, Averton rentra à Sylverstone. En diligence cette fois. Il retrouva sa femme et son fils et se replongea dans l’atmosphère paisible d’une ville qu’il avait bien cru ne jamais revoir.

Un jour, alors qu’il se promenait dans la grand-rue, il rencontra par hasard Stevenson, le fermier.

— Comment allez-vous, Maître ? lui demanda celui-ci.
— Fort bien, répondit l’avocat.
— On m’a dit que vous aviez gagné votre procès. Toutes mes félicitations.
— Merci. Vous êtes très aimable. L’affaire a été plus facile à plaider que je ne l’avais imaginé. Et puis, le plus important, c’est que, malgré toutes les menaces, je sois encore en vie. À propos, quelles nouvelles de votre employé, Mark ?
— Comment ? s’étonna Stevenson. Vous n’avez pas su ?
— Su quoi ? demanda Averton.
— Eh bien, qu’il a été abattu ! On a retrouvé son corps dans un renfoncement de la montagne. Il avait quatre balles dans la poitrine. On n’a jamais retrouvé ses meurtriers, mais on pense à un règlement de compte...

Les rues étaient désertes. Les habitants de Sylverstone, engourdis par la chaleur, somnolaient derrière les volets mi-clos de leurs maisons.

FIN
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La nouvelle « L’Affaire Richard Clayton » aborde un thème voisin de la nouvelle « L’Homme à la tête greffée ». Elle a été écrite en 1971. J’étais à l’époque intrigué par les instincts physiques qui semblaient avoir leur vie propre et s’imposaient à l’être, malgré notre envie de « tout contrôler ». Ces instincts secrets semblent menaçants, mais c’est seulement parce qu’ils s’expriment sous une forme qui n’est pas intellectuelle et que l’intellect, justement, a dû mal à les décrypter.

Pour mettre en scène cette dualité entre notre face claire, incarnée par l’avocat, et notre face obscure, incarnée par le « garde du corps, j’ai imaginé ce »Road Movie", qui est au fond le chemin de notre vie où nous avançons en compagnie d’un corps dont nous ne savons pas très clairement s’il nous veut du bien ou s’il est notre pire ennemi.

C’est une problématique que connaissent bien les personnes atteintes de cancer. Soudain, ce corps qui semblait silencieusement nous accompagner dans la vie, prend les armes et nous détruit de l’intérieur.

© Christian Julia. 1971-1984. 2009.
Reproduction interdite.

Le recueil « Le Temple et autres nouvelles » est disponible
en édition papier aux Editions du Gymnase.

ISBN : 978-2-9531458-5-4.
Dépôt légal : Septembre 2009.

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