Christian Julia
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Ces vies dont nous sommes faits
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Et la lumière vint...

Au moins une fois par semaine, le plus souvent le samedi, je me plonge dans ma baignoire, je me mets en état de méditation et j’attends qu’une image se présente à moi. Le paradoxe est qu’au fond très peu de mes visions de cette période correspondent à des vies antérieures. Il s’agit plutôt de vies parallèles. J’ai cependant deux méditations qui peuvent sans doute être considérées comme des réminiscences de vies passées. La première se déroule au Japon à une époque très reculée. Je suis un Samouraï et avec mon sabre très affûté, je tranche d’un coup net et assuré la tête d’un autre guerrier. Elle vole très haut et retombe loin du corps. Très impressionnant. Mais la scène ne m’apprend rien d’autre et je pense qu’elle jette une nouvelle pierre dans le jardin de mes problèmes karmiques de gorge ! Elle confirme également les récits de Mme Méry qui m’avait vu dans des vies très dures.

La seconde méditation est plus intense, plus récente aussi. Dans un champ, un jeune paysan est occupé à pousser une charrue. Je comprends immédiatement que je suis ce paysan. Je devrais entrer en lui pour savoir ce qu’il a à me dire, mais, d’instinct, je n’en fais rien, persuadé que ce garçon est un simplet. Je repense alors à la méditation avec l’extraterrestre. Le réalisme des sensations quand je suis « entré » en lui a été si puissant que je ne souhaite pas du tout vivre la même expérience avec un simple d’esprit. Une forte résistance s’oppose d’ailleurs à moi à chaque essai. Si bien que je finis par abandonner la partie. Je renonce à savoir ce que ce paysan veut me dire. Et puis tout à coup, un homme arrive derrière lui et l’étrangle sauvagement. Je regarde la scène impuissant et je comprends pourquoi je n’ai pas voulu « entrer » en lui… Encore la gorge ! Décidément…

Mais la plupart du temps, mes méditations me conduisent plus à voyager dans l’espace que dans le temps. Il m’arrive en effet de me rendre ici ou là, en n’importe quel endroit de la planète. Gratuitement. Ainsi, un jour — allez savoir pourquoi — je me mets à suivre un livreur dans sa tournée. Évidemment, l’impression ressentie dans ce genre de moment n’est pas celle d’un rêve ni même d’un rêve éveillé. On assiste réellement à une scène très réaliste, dont l’issue est totalement inconnue. Il n’y a pas de message particulier, pas de réminiscence de vie antérieure ou quoi que ce soit, non, on se joue une séquence de télé-réalité, justement si réaliste qu’on ne songe pas à l’arrêter. On dispose d’une certaine marge de manœuvre, mais très limitée, pour interroger l’image par exemple, ou changer de point de vue, mais le déroulement de la scène, lui, nous échappe.

On est comme fasciné de pénétrer dans le quotidien concret d’un autre, sans raison précise. On se dit seulement que l’esprit est capable de se jouer du temps et de l’espace avec une virtuosité déconcertante. Et puis, par principe, on adopte une disposition d’ouverture d’esprit. Il ne faut surtout pas porter de jugement de valeur sur ce qui est en train de se passer sous nos yeux. On laisse venir à soi la scène.

J’accompagne donc le livreur dans sa tournée en ville. Je m’installe à côté de lui, dans sa camionnette, et j’assiste à ses différentes livraisons. Il n’a pas l’air de se rendre compte de ma présence, ou elle ne le dérange pas. À un moment donné, il fait une pause et monte voir une amie avec qui il fait rapidement l’amour. Un peu gêné malgré tout, j’assiste à leurs ébats. Mais pourquoi mon esprit est-il allé le rejoindre ? Et celui-là tout spécialement ? À quoi sert ce genre d’expérience ? Est-ce encore une « vie parallèle » de mon âme ? Si je peux ainsi par la pensée passer un moment avec quelqu’un à son insu, j’imagine avec horreur que d’autres âmes doivent en faire autant avec moi. Nous ne sommes jamais seuls… !

Irina ne m’éclairera pas sur ce genre de scène. Mais lors d’un rendez-vous ultérieur, elle me demandera de lui décrire en détail et très précisément les scènes auxquelles j’assiste dans mes méditations, et notamment les formes qui m’apparaissent. Lui ayant décrit une forme particulière, elle considère que j’ai atteint un certain palier dans mon évolution et me donne un outil supplémentaire pour obtenir plus d’énergie dans mes méditations et accéder à d’autres vérités.

Échapper à la gravitation

Un matin, au cours d’une méditation, je me retrouve non pas dans la camionnette d’un livreur, mais dans le cockpit d’un avion de chasse ! Changement complet de décor ! J’ai déboulé quelques instants auparavant sur la piste d’un aérodrome puis je me suis dirigé vers un Mirage et je suis entré dans le cockpit. La situation me dérange un peu quand même, mais je laisse filer la scène. Où cela va-t-il encore me conduire ? Toutes ces méditations sont tellement inattendues !

Le pilote a positionné son avion en bout de piste et s’apprête à décoller. Curieusement, je crains qu’il ne décèle ma présence et que cela ne le perturbe dans sa procédure. Mais je me souviens du livreur : ma présence dans sa camionnette n’a pas provoqué d’accident. Je n’ai pas le loisir de m’interroger davantage, car le pilote pousse les gaz et nous sommes projetés dans le ciel à une vitesse incroyable par une accélération à décrocher l’estomac. Je le ressens physiquement ! Lui est certainement habitué, pas moi ! L’accélération est si brutale que mon esprit quitte le cockpit et je suis projeté dans les étoiles à une vitesse phénoménale.

Me voilà flottant dans le vide de l’univers. Parmi les étoiles. Mais ce moment est très court. Je me retrouve soudain plongé dans une immense sphère de lumière. Le paysage est stupéfiant ! Mais peut-on parler de paysage ? J’ai plutôt l’impression d’être à l’intérieur d’une mer de lumière dans laquelle flottent des petites particules de matière, comme de la pulpe d’orange. Cette lumière est très vive, mais pas aveuglante. Tout de suite, je ressens en moi une forte poussée intérieure. À ce moment, tout mon être est secoué par une décharge d’amour. Oui, je dis bien une « décharge ». Je me sens tiré hors de moi comme par un aimant vers toute chose existante. Et cet aimant est fait d’amour, une sorte d’amour universel, si l’on veut définir ce sentiment intense qui s’empare de moi à ce moment et me porte littéralement hors de moi-même vers toute chose créée. C’est un bonheur immense qui dure longtemps, incroyablement longtemps. Ce n’est pas une impression fugace qui me traverse, je baigne dans cet amour, je m’y plonge avec ravissement, pendant de longues secondes. Je m’en imprègne, et en inguérissable cérébral, j’essaie d’en comprendre le sens ! C’est une sensation extrêmement agréable. Elle ne ressemble à rien de connu, comme de la joie, du bonheur, du ravissement ou de l’amour, qui serait porté à son paroxysme, non, c’est une sensation nouvelle qui semble hors de portée de notre expérience humaine quotidienne.

Lors d’un entretien ultérieur, Irina me dira : « Tu as eu un très beau cadeau ; tu as vu le divin ».

C’est effectivement le sentiment que j’ai éprouvé pendant ce moment hallucinant. Cette capacité d’amour infini pour toute chose existante est bien une disposition divine. En fait, il m’a semblé à ce moment que j’avais pénétré au cœur de la matrice de l’univers. Cette mer de lumière elle-même ressemblait aux représentations du noyau incandescent de la Terre. L’amour universel qui m’a porté hors de moi semblait être la pulsion originelle de l’univers, le principe fondamental, fondateur, la force qui maintient toute chose en vie. Cette lumière m’a fait plonger quelques brefs instants au cœur du mystère divin de l’amour du prochain. Ce fut, au sens strict, une illumination. Évidemment, c’est l’expérience la plus forte, la plus profonde de cette aventure.

La plupart de nos plaisirs courants viennent de ce que nous recevons. On sait notre cerveau capable de sécréter des hormones du plaisir. Les sportifs connaissent bien cela. Rien de semblable dans cette expérience de la lumière : le bonheur le plus haut vient de l’amour que nous donnons aux autres. Non seulement aux autres êtres humains, mais aussi à tout ce qui existe, dans une communion parfaite avec le monde. Cet amour ne choisit pas, ne trie pas, il ne méprise rien. Il nous pousse à porter un regard bienveillant sur tout ce qui nous entoure. Cette expérience est joyeuse, elle montre où se trouve le bonheur : dans le don de soi à l’autre, dans cet amour universel qui semble bien être le fondement du monde, sa raison d’être, le cœur du réacteur, mais plus que cela encore : à la fois ce qui le fait tourner et ce pour quoi il tourne.

À partir de ce jour, tout être humain, quel qu’il soit, deviendra pour moi un frère et à son contact je percevrai en lui, au-delà de l’apparence, même si elle est peu engageante, toute l’énergie divine qui l’anime, tout l’amour dont il est fait. C’est ce qui me permettra plus tard, en pénétrant dans les cités, d’aller vers leurs occupants sans préjugés et sans crainte.

Cet élan hors de soi est bouleversant. Pourtant, ce matin-là, en sortant de mon bain un peu sonné par ce que je viens de vivre, je suis très surpris de reprendre le cours de ma vie « comme si de rien n’était ». J’ai lu beaucoup de témoignages sur cette lumière que des personnes, le plus souvent dans des expériences au seuil la mort, ont décrite. Mais je ne m’attendais pas du tout à en être à mon tour le témoin ébloui. Et j’avais encore moins imaginé que ce serait un pilote d’avion de chasse qui m’y conduirait !

Cette vision ne change rien en moi sur le moment. Je ne me sens pas différent, investi d’une mission sacrée. Aucune envie de devenir moine ou mendiant ne me traverse l’esprit. Non. Je reprends mes activités à Bry-sur-Marne comme avant. En réalité, mais je ne le découvrirai que quelques mois plus tard, cette expérience va tout changer dans ma vie. Plus rien ne sera comme avant. Mais le processus va être long, très long. Une grande porte s’est ouverte. Un point de non-retour a été franchi. Impossible de continuer à vivre en ignorant le message de cette vision. Sur la présence du pilote de chasse, Irina m’expliquera qu’il a été nécessaire pour que mon esprit acquière l’énergie suffisante pour accéder à cette lumière. Infini mystère de notre esprit ! Il existe derrière le rideau un monde immense qui n’obéit pas à nos règles habituelles. Nous avons vraiment le nez sur le guidon et dans notre dos se joue la partie essentielle.

Merci donc à ce pilote de chasse de m’avoir accueilli dans son cockpit ce jour-là.

Un petit pont vers l’au-delà

Isabelle, de son côté, a continué ses recherches sur ses vies antérieures. En rêve, elle a appris que dans une vie précédente elle a été un petit garçon handicapé, prénommé Aurélien, mort accidentellement à l’âge de dix ans. C’est une étonnante révélation, car, dans cette vie, Isabelle est au contraire très habile avec son corps. Elle pratique la danse depuis de nombreuses années et se déplace avec beaucoup de grâce, donnant l’impression de flotter légèrement au-dessus du sol. Curieux enchaînement karmique : l’enfant handicapé se réincarne en danseuse… Mais pourquoi mourir si jeune ?

Grâce à Mme Méry, qu’elle consulte à ce sujet, elle apprend que ce petit garçon a vécu et a été enterré dans la région de Saint-Lô. Isabelle me propose donc d’aller visiter les cimetières des alentours à la recherche de sa tombe. C’est à coup sûr l’expérience la plus sinistre et en même temps la plus comique de cette aventure. D’autant que nous nous lançons dans cette quête morbide au cours d’un sombre week-end d’octobre !

Nous ne disposons d’aucune information. Tout ce que nous savons c’est que le jeune garçon a été enterré « dans les environs » de Saint-Lô. Nous n’avons ni le nom du village ni le nom du garçon. Pas le moindre indice pour le retrouver. Mais voilà, nous avons deux atouts majeurs : Isabelle est médium ; moi-même, depuis le début des méditations, j’ai considérablement développé mon sixième sens. Nous sommes donc convaincus qu’un de nous deux, en découvrant un cimetière, saura d’instinct si c’est le bon et, naïfs que nous sommes, nous pensons qu’une sorte de « Bingo ! » retentira dans nos petites cervelles lorsque nous arriverons devant la bonne tombe !

Notre deuxième atout maître est le ciel lui-même. Nous sommes convaincus que nos pas seront guidés vers le bon endroit, comme nous sommes guidés dans cette aventure depuis le début !

Nous déjeunons à Saint-Lô et, à la fin du repas, nous déplions sur la table une carte de la région. Nous pointons les villages dont les noms nous disent quelque chose.

Notre investigation commence dans une joyeuse euphorie. Nous visitons un cimetière, puis deux, puis trois, puis quatre, mais sans succès. Les lieux ne nous évoquent rien. Ni à Isabelle, qui est censée y avoir vécu dans une vie antérieure, ni à moi qui suis censé ressentir intuitivement les choses. En plus, il fait froid, gris. C’est vraiment une sale journée d’automne. Dans les villages que nous traversons à bord de ma belle Alfa Romeo, il nous arrive de demander le chemin du cimetière aux seules personnes qui se trouvent dehors, c’est-à-dire des jeunes désœuvrés, déprimés et transis. Ils doivent nous prendre pour des fous. D’autant que nous sommes plutôt joyeux ; nous n’avons pas du tout l’air de parents éplorés qui viennent rendre un dernier hommage à leur aïeul…

À parcourir ainsi, seuls, tous les deux, très méthodiquement, les allées de ces cimetières, on a plutôt l’air de vampires en quête de leur prochain repas. Malheureusement, nous ne ressentons rien. Nous nous arrêtons devant les petites tombes d’enfants. Une forte émotion nous envahit, mais rien qui nous alerte sur une possible vie antérieure d’Isabelle. Nous supplions le ciel de venir à notre secours, mais en vain. Nous sommes découragés, grelottants, effrayés par l’incongruité de la situation, quand tout à coup, un vent se lève dans un cimetière et une rafale semble nous entraîner vers une tombe. Nous nous laissons porter dans l’allée centrale par ce vent inspiré. Pure illusion. Naïfs que nous sommes ! Le vent ne nous mène nulle part. C’est l’automne, tout simplement, et une bourrasque s’est jouée de nous.

En fin de soirée, alors que l’on envisage sérieusement de rentrer à Paris bredouille, nous visitons un dernier cimetière. On y accède par un pont très étroit, pas très haut, qui enjambe un petit cours d’eau. Le lieu est très verdoyant, très paisible. Tout de suite, chacun de notre côté, nous ressentons quelque chose. Oui, ce petit pont nous trouble. C’est dans ce village qu’Aurélien est enterré, à coup sûr. Nous cherchons les tombes des enfants. L’une d’elles attire notre attention. Nous nous y recueillons un instant. Mais nous ne sommes sûrs de rien. Nous visitons encore deux autres cimetières sans rien éprouver de convaincant. De tout ce que nous avons vu, la ville avec le petit pont nous paraît la plus intéressante. Nous décidons d’y retourner. Il fait presque nuit. Nous allons devant la petite tombe, nous y restons de nouveau un long moment. Puis nous rentrons à Paris. Nous sommes très silencieux dans la voiture. La quête des vies antérieures porte aussi en elle de grandes déceptions. De hautes murailles se dressent parfois entre deux manifestations de notre âme, tandis que d’autres nous submergent totalement.

Dialogues avec les morts

De son côté, mon amie Claude poursuit aussi sa quête. Elle a pratiqué avec Paul Jamet une régression au cours de laquelle, prise dans une sorte de tourbillon spatio-temporel, elle a voyagé à travers toutes ses vies antérieures, d’un coup ! Un sacré moment ! Mais en fait, Claude n’est pas très intéressée par son passé. C’est la mort de son père qui occupe son esprit et elle veut à tout prix entrer en contact avec lui.

Le groupe de Paul Jamet organise dans le 20e arrondissement de Paris des consultations collectives. Claude participe à de nombreuses séances et me persuade un jour de l’accompagner. C’est un samedi après-midi. La séance se déroule dans une grande salle, avec des rangées de chaises d’un modèle très standard. Une large travée a été ménagée au centre.

À l’entrée, deux femmes accueillent les participants et délivrent les billets. Ce sont elles-mêmes des médiums. L’une d’elles, en me voyant, jette un regard insistant sur moi. Elle ne me fixe pas droit dans les yeux, mais légèrement au-dessus de la tête. Que cherche-t-elle à voir ainsi ? Sans doute mon aura. Quelle impression lui fait-elle ? Je l’ignore. Je suis pétrifié par la peur. Je veux bien assister à cette séance, mais surtout qu’aucun mort ne vienne se manifester pour moi. Je pense bien sûr à mes deux « grands frères », Christophe ou Bernard. Pas question d’être interpellé par eux en public. C’est sans doute cette terreur qu’elle a vue dans mon aura, alors que, précisément, toutes les personnes présentes viennent pour un contact. Mais il est aussi probable qu’elle a vu dans mon aura autre chose. La suite est incroyable. Il y a dans la salle très peu d’hommes et beaucoup de femmes. Les participantes sont entre deux âges. Elles ont perdu un mari, un père, une mère, un enfant, un amour. Elles vivent dans une grande détresse morale et viennent chercher un message de ceux qui leur sont chers, qui sont partis trop tôt, ou qui ont disparu après un malentendu, une dispute.

L’endroit est aussi froid qu’une cantine d’école ou un abattoir. De violents néons pendus au plafond nous éclairent ; les pas, les paroles, les bruits de chaises, les toussotements résonnent sur les murs nus. Vraiment, des morts vont se manifester dans de telles conditions ?

La séance est animée par Joëlle, une médium du groupe de Paul Jamet. D’autres médiums l’entourent, tous alignés les uns à côté des autres derrière une grande table, comme pour une conférence. Joëlle prononce quelques mots de bienvenue et la séance commence. Le principe est le suivant : des morts vont se présenter les uns après les autres dans l’allée centrale et lui montrer un signe distinctif. Elle demandera alors à l’assistance si quelqu’un a dans son entourage une personne décédée présentant ce signe. Le mort délivrera son message à la personne présente par le truchement de Joëlle. Personne ne voit ces morts hormis les médiums installés à la table, évidemment. Mais nous sommes pétrifiés de terreur. Enfin, moi surtout.

Le spectacle est hallucinant. Les morts commencent à défiler dans l’allée centrale et viennent consoler leur épouse, leur fille, leur mère. Toutes ces « rencontres » avec l’au-delà sont très émouvantes. Les messages sont simples, toujours empreints d’amour, de pardon. Les morts délivrent même des messages très techniques : « Le document que tu cherches est dans le tiroir de la commode » transmet Joëlle pour l’un d’eux.

Moi, je m’enfonce petit à petit dans ma chaise. Pourvu que Christophe ne se manifeste pas ! Ou mon frère. Joëlle, qui est juste en face de moi, doit aussi avoir remarqué mon aura terrorisée ! A-t-elle une influence sur l’apparition des morts ? Je ne sais. Je ne crois pas, en fait. En tout cas, personne ne se vient pour moi et j’en suis ravi. De toute façon, s’ils veulent me joindre, ils savent comment me contacter !

Il y a des moments comiques, par exemple quand deux personnes s’attribuent le même mort. Ledit mort est obligé de fournir un autre indice pour se faire reconnaître, et c’est un détail très intime ! Parfois, il y a des morts que personne ne connaît ! Des morts qui ont vu de la lumière et sont entrés. Avec beaucoup de diplomatie, Joëlle leur demande de céder leur place.

Mais le cas le plus troublant est celui de ce jeune homme passionné de moto qui se présente dans l’allée. Il dit avoir des difficultés de communication avec sa mère. Il se décrit si bien qu’une femme dans l’assistance reconnaît immédiatement son fils. Seul problème, elle vient de le quitter ! « Ne me dites pas que mon fils vient de mourir ! » crie-t-elle horrifiée. La médium la rassure. « Non, il n’est pas mort, mais il a un message à vous délivrer… Il voudrait que vous le compreniez mieux et que vous acceptiez mieux les choses qui le passionnent ».

Voilà comment, entre deux morts, les vivants cherchent eux aussi à communiquer avec les vivants. 

© Christian Julia. 2013.
Reproduction interdite.

L’édition papier de ce récit est disponible aux Editions du Gymnase.

ISBN : 978-2-9531458-7-8.
Dépôt légal : Février 2013.

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